La préservation des forêts peut-elle devenir un véritable levier de développement pour les communautés rurales ?
La cérémonie officielle de remise de chèques aux communautés villageoises de Gnato, Bliéron et Pimé, organisée ce mercredi 12 août 2026 à l’Auditorium de la Primature au Plateau (Abidjan-Côte d’Ivoire), en a apporté une illustration concrète.
À travers le Projet de Réduction des Émissions autour du Parc national de Taï (PRE), initiative de REDD+, mis en oeuvre par le gouvernement ivoirien, avec l’appui de la Banque mondiale, l’engagement des populations en faveur de la conservation des forêts est désormais associé à un mécanisme de rémunération fondé sur les résultats obtenus.
Les trois communautés se sont distinguées par la création et la conservation d’une « Forêt préservée de façon volontaire » couvrant 1.059,10 hectares. En reconnaissance des résultats enregistrés, elles ont reçu un premier paiement de 62 816.260 de FCFA, sur un montant total de 88.850.285 de FCFA prévu sur la durée de leur contrat.
Présent à la cérémonie, le Ministre ivoirien de l’Environnement et de la Transition Ecologique, Abou BAMBA, a salué la décision volontaire des communautés de s’engager dans la protection du patrimoine forestier. « Votre engagement est collectif, structuré. Nous resterons à vos côtés et vous accompagnerons du début à la fin », a-t-il déclaré, tout en encourageant d’autres communautés et régions du pays à s’inscrire dans cette dynamique.
Pour le Ministre, les résultats enregistrés par le PRE montrent que les politiques de conservation peuvent produire des retombées directes au bénéfice des populations locales. Le Projet affiche ainsi 20 millions de tonnes de CO₂eq de réductions d’émissions vérifiées sur la période 2020-2030.

Selon les données communiquées lors de la cérémonie, 2,8 milliards de FCFA ont déjà été redistribués par Mobile Money à plus de 22.000 bénéficiaires.
Au-delà de la récompense financière, le mécanisme entend créer les conditions d’un développement économique local compatible avec la préservation des ressources naturelles. Une partie des ressources destinées aux communautés de Gnato, Bliéron et Pimé doit ainsi être investie dans des activités génératrices de revenus, notamment l’aviculture, la porciculture et la pisciculture, avec l’accompagnement technique du ministère des Ressources animales et halieutiques.
Le Coordonnateur du PRE, Éric KONAN, a détaillé le fonctionnement du Projet, le processus ayant conduit aux paiements fondés sur les résultats ainsi que les modalités de gestion des ressources. Le principe est de faire de la performance environnementale un élément permettant de mobiliser des financements au profit des communautés qui contribuent concrètement à la réduction de la déforestation et à la conservation des forêts.

Mais derrière les chiffres et le mécanisme financier, la démarche repose également sur un travail d’adhésion des populations.
Le Porte-parole des bénéficiaires, Bernard TAHE, chef du village de Gnato, a évoqué les difficultés rencontrées pour convaincre les populations d’adhérer à l’initiative et de s’engager durablement dans la préservation de la forêt. Il a exprimé la reconnaissance des communautés à l’endroit des différents acteurs ayant contribué à la mise en œuvre du Projet dans la région de San Pedro.
Cette dimension communautaire constitue l’un des enjeux majeurs du dispositif. En rémunérant les efforts de conservation, le PRE cherche à faire des populations riveraines des forêts des partenaires à part entière de la politique climatique et forestière. L’objectif est également de renforcer leur appropriation du mécanisme et de favoriser la pérennisation des initiatives locales.
Le temps fort de la cérémonie a été la remise officielle des chèques aux représentants des communautés de Gnato, Bliéron et Pimé. D’un montant de 62.816.260 de FCFA, ce premier paiement vient concrétiser le mécanisme de rémunération fondé sur les résultats mis en place dans le cadre du PRE. Sur la durée du contrat, les trois communautés doivent bénéficier d’un montant total de 88.850.285 de FCFA en reconnaissance de leurs efforts pour la conservation de leur Réserve Naturelle Volontaire de 1.059,10 hectares.

À travers cette initiative, le PRE met ainsi en évidence une approche où la conservation des forêts ne repose plus uniquement sur les obligations environnementales, mais peut également générer des retombées économiques pour les communautés qui en assurent la protection. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de consolider ce modèle et d’encourager son appropriation par d’autres communautés engagées dans la préservation du patrimoine forestier.
Nadège Koffi
