Après Yamoussoukro et Korhogo, la mission de terrain conduite par Ousmane DIAGANA, Vice-Président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a permis de mesurer les effets concrets des projets financés par l’institution en Côte d’Ivoire.
Accompagné de Marie-Chantal UWANYLIGIRA, Directrice de division de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo, et des équipes techniques, il a visité plusieurs programmes dans les domaines de la santé, de la protection sociale, des chaînes de valeur agricoles et des infrastructures rurales. Une immersion qui confirme l’importance du partenariat entre la Côte d’Ivoire et la Banque mondiale dans l’accompagnement de la transformation économique et sociale du pays.
Loin des annonces financières et des cadres institutionnels, c’est sur le terrain que la Banque mondiale a choisi d’apprécier l’impact de ses interventions. De Yamoussoukro à Korhogo (nord du pays), du 10 au 11 juillet 2026, la délégation conduite par Ousmane DIAGANA a échangé avec les acteurs locaux, les responsables de projets et surtout les bénéficiaires.
Cette mission intervient dans un contexte marqué par le renforcement du partenariat entre la Côte d’Ivoire et l’institution de Bretton Woods, notamment à travers l’accompagnement du Plan National de Développement (PND) 2026-2030.
À l’issue de ces visites, le Vice-Président de la Banque mondiale a salué la cohérence des programmes observés avec les priorités nationales.
« Je dois d’abord souligner l’alignement et l’ancrage total de l’ensemble de ces programmes dans les priorités de développement de la Côte d’Ivoire », a-t-il déclaré.
Pour Ousmane DIAGANA, les résultats visibles sur le terrain témoignent de la pertinence des investissements réalisés, aussi bien à travers les infrastructures que par l’appropriation des projets par les populations.
« Les réalisations concrètes en termes d’activités physiques déjà réalisées sur le terrain, ainsi que l’appropriation des bénéficiaires à travers les témoignages qu’ils ont partagés avec moi, méritent d’être relevées », a-t-il indiqué.
Toutefois, le Vice-Président rappelle que le développement s’inscrit dans la durée.
« Quels que soient les mérites de ces projets, il est clair que le chemin qui reste à parcourir reste également important », a-t-il souligné.

Korhogo, une vitrine des transformations locales
Dans la région du Poro, la mission a permis d’observer plusieurs projets emblématiques financés par la Banque mondiale. Santé, inclusion sociale, connectivité rurale : trois secteurs qui illustrent une même ambition, celle d’un développement plus proche des populations.
À Korhogo, la délégation s’est notamment rendue à l’Établissement Public Hospitalier Régional (EPHR), au centre d’enrôlement de la Couverture Maladie Universelle (CMU), auprès des bénéficiaires des Filets Sociaux Productifs à Lenivogo, ainsi que sur le site du Projet de Connectivité Rurale (PCR-CI).
Santé : La CMU, vers une prise en charge effective des populations
Créé en 1978, l’Établissement Public Hospitalier Régional (EPHR) de Korhogo est aujourd’hui un établissement sanitaire de référence pour le nord de la Côte d’Ivoire.
Avec une superficie de 14 hectares, 92 bâtiments et 27 services, l’hôpital couvre une aire sanitaire importante et dispose d’une capacité de 502 lits d’hospitalisation.
L’établissement compte 603 agents, parmi lesquels 26 médecins spécialistes, 16 médecins généralistes, 94 infirmiers et 60 sages-femmes.
La visite a permis de constater les avancées liées à la Couverture Maladie Universelle (CMU), qui ambitionne de transformer l’accès aux soins en Côte d’Ivoire, en passant d’un droit reconnu à une prise en charge effective.
Conventionné à la CMU depuis 2017, l’EPHR de Korhogo dispose d’un bureau dédié fonctionnant 24 heures sur 24 avec des agents d’accueil.
Au cours des six derniers mois, 5.617 consultations, 98 hospitalisations et 3.629 examens paracliniques ont été pris en charge grâce au dispositif.
Dans la ville de Korhogo, 386.743 personnes ont été enrôlées à la CMU et 189 148 cartes ont déjà été distribuées.
La prochaine étape repose désormais sur l’accélération de la transformation numérique du système sanitaire, avec l’extension du Système d’Information Hospitalier (SIH), le déploiement du Dossier Patient Informatisé (DPI), l’interopérabilité nationale, la télémédecine et l’innovation numérique.
Des défis demeurent toutefois, notamment le renforcement des ressources humaines spécialisées et la sensibilisation des populations à la régularité des cotisations.
À Lenivogo, les Filets Sociaux misent sur l’autonomie des ménages
À Lenivogo, une localité située au nord de Korhogo dans la région du Poro, la délégation de la Banque mondiale a rencontré les bénéficiaires du Programme des Filets Sociaux Productifs (PFSP).
Avec un financement global de 445 millions de dollars, ce programme constitue l’un des principaux instruments de lutte contre la pauvreté et d’inclusion sociale en Côte d’Ivoire.
Il a déjà permis d’accompagner plus de 325.000 ménages, soit environ trois millions de personnes, avec une forte implication des femmes qui représentent 65 % des bénéficiaires.
Présente lors de cette rencontre, la Ministre ivoirienne de la Cohésion Nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Myss Belmonde DOGO, a insisté sur la particularité du modèle ivoirien.
Pour elle, les Filets Sociaux ne peuvent être réduits à un simple transfert financier.
« Recevoir de l’argent sans être accompagné ni formé ne profite pas pleinement aux bénéficiaires. C’est l’accompagnement qui fait la différence », a-t-elle expliqué.
Le programme repose ainsi sur un accompagnement de proximité assuré par des agents communautaires, permettant aux bénéficiaires d’améliorer leur gestion financière, de développer des activités génératrices de revenus et de mieux préparer leur autonomie économique.
La Ministre a également mis en avant le rôle des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), qui favorisent l’inclusion financière et renforcent les liens sociaux au sein des communautés.
« Les Filets Sociaux permettent à ceux qui sont à terre de s’asseoir, et nous demandons ensuite aux autres ministères de les aider à se mettre debout », a-t-elle résumé.
PCR-CI : Quand la route devient un levier de transformation économique
Dernière étape majeure de la mission : le Projet de Connectivité Rurale (PCR-CI).
Financé à hauteur de 300 millions de dollars, ce programme vise à réhabiliter 7 450 kilomètres de pistes rurales afin d’améliorer la mobilité de 3,67 millions d’habitants et de faciliter leur accès aux marchés, aux écoles et aux centres de santé.

Pour le Dr Siélé SILUE, Expert ivoirien auprès de la Banque mondiale et Conseiller spécial du Président de la République chargé des Transports, l’enjeu du projet dépasse la seule question des infrastructures.
Revenant sur son enfance dans le monde rural, il a expliqué comment le manque d’accessibilité pouvait empêcher les producteurs de valoriser correctement leur travail.
« Quand j’étais tout jeune, mon père, pour me payer la chemise ou le caleçon, on portait les ignames au marché. Parce que le marché n’était pas accessible, personne n’achetait », a-t-il témoigné.
Pour lui, l’amélioration de la connectivité rurale est une condition essentielle pour libérer le potentiel économique des territoires.

De son côté, Ousmane DIAGANA a insisté sur l’effet multiplicateur des infrastructures rurales.
Selon lui, une route ne bénéficie pas uniquement au transport : elle transforme également l’agriculture, l’éducation, la santé et les conditions de vie des populations.
« On a beau avoir l’agriculture, si on ne peut pas transporter les produits, on perd son travail », a-t-il souligné.
Le Vice-Président de la Banque mondiale a également encouragé les équipes du projet à faire du PCR-CI un modèle de référence.
« Votre responsabilité est lourde, nous n’avons pas le droit d’échouer », a-t-il insisté.

Un partenariat appelé à changer d’échelle
Au terme de cette mission, la Banque mondiale entend poursuivre son accompagnement auprès de la Côte d’Ivoire.
Ousmane DIAGANA a annoncé la préparation prochaine d’un nouveau cadre de partenariat destiné à accompagner la mise en œuvre des priorités du Plan National de Développement 2026-2030.

Les enseignements tirés des projets visités serviront de base pour approfondir cette coopération.
De Yamoussoukro à Korhogo, cette mission aura surtout mis en lumière une réalité : derrière les financements engagés, l’enjeu majeur reste la capacité des projets à produire des transformations durables dans la vie des populations.
Santé, inclusion sociale, infrastructures rurales : trois leviers qui illustrent la volonté commune de la Côte d’Ivoire et de la Banque mondiale d’accélérer un développement plus inclusif, plus territorial et davantage centré sur l’impact.
Nadège Koffi
