Ingénieur agroéconomiste de formation, titulaire d’un Master professionnel en Management des risques industriels et environnementaux et Doctorante en sociologie des organisations, leadership et gouvernance, Mme Aude GOULIVAS met son expertise au service du développement agricole depuis de nombreuses années. Son parcours, marqué notamment par une expérience au Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil Agricoles (FIRCA) puis au sein du service de la Coopération internationale de l’Ambassade du Canada en Côte d’Ivoire, témoigne d’un engagement constant en faveur de la transformation du secteur agricole.
Désormais à la tête du G100 Agriculture Côte d’Ivoire (juillet 2026), elle porte l’ambition de faire de cette organisation un catalyseur d’une agriculture plus innovante, plus inclusive et plus compétitive, en misant sur le leadership des femmes, l’innovation, la mécanisation et le développement des chaînes de valeur.
Dans cet entretien accordé à Afrique Économie, la Présidente nationale du G100 Agriculture Côte d’Ivoire revient sur son parcours, les missions de cette organisation internationale, les priorités de son mandat et sa vision d’une agriculture africaine capable de relever les défis économiques, sociaux et environnementaux de notre époque.

A.E : Pouvez-vous présenter le G100 Agriculture Côte d’Ivoire et les objectifs que vous poursuivez depuis votre prise de fonction ?
Bonjour et merci pour cette lucarne qui nous permet de mieux nous faire connaître de vos lecteurs. Noter que le G100 est un réseau mondial de Femmes influentes et leaders dans différents secteurs socio-politiques et économiques. Il se répartit en 100 ailes (ou domaines d’intervention), dont le G100 Agriculture, AgriTech, Agrotourisme et Agribusiness (ou G100 Agriculture). En Côte d’Ivoire, le G100 Agriculture est la 2ème aile qui s’installe après celui du G100 First Lady Outreach installé l’an dernier. L’aile du G100 Agriculture est composée de la Présidente nationale (ou Country Chair), d’un Conseil consultatif de 14 leaders expertes dans le domaine agricole et du représentant du Denim Club mondial (HeForShe, notre allié masculin). L’objectif global du G100 mondial est de peser sur les politiques publiques pour combler les écarts entre les sexes et atteindre la parité d’ici la fin de la décennie (2025 – 2035). En Côte d’Ivoire, nous souhaitons mobiliser les communautés rurales et attirer les partenaires autour de l’autonomisation des femmes à travers l’AGRICULTURE (Agriculture, Agritech, Agrotourisme et Agribusiness).

A.E : Quelle est votre vision de l’agriculture ivoirienne dans les dix prochaines années ? Quels sont, selon vous, les principaux défis à relever ?
Notre vision est de transformer les défis des femmes dans le secteur agricole en opportunités de changement pour une agriculture plus inclusive, économiquement durable et prospère pour les hommes et les femmes. Nous voulons rappeler quelques défis qui sont d’ailleurs connus et pour lesquels des solutions ou des axes d’intervention existent tant dans le Plan National de Développement (PND 2026-2030) que dans le Programme national d’investissement agricole (PNIA 2026-2035) de la Côte d’Ivoire.
- Structuration et gouvernancedes Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) et plus spécifiquement les coopératives et les interprofessions.
- Faible impact social et économiquedes filières de production : une boutade qu’on entend souvent c’est que l’agriculture ivoirienne produit des richesses mais les agriculteurs sont pauvres !
- Faibleproductivité des cultures, faible performance des filières agricoles et faible niveau de développement des chaînes de valeurs agricoles.
- Faible niveau de transformationdes produits agricoles (première et deuxième transformation).
- Dominance masculineau sein des entreprises coopératives et des filières agricoles d’exportation,
- Inégalité des moyensd’existence au détriment des femmes, dont moins de 15% des terres pour les femmes (faible accès à la propriété foncière)
- Femmes représentant 60% de la force de travail dans le secteur agricole, 80% dans les activités de productions vivrières, mais ne bénéficiant pas d’appuis techniques et d’encadrement systématique et pérennes.
- Faible mécanisationet faible industrialisation agricole en général et plus accentuée pour les activités agricoles féminines.
- Faiblesse ou insuffisance de financement adaptéà l’agriculture et surtout pour les femmes.
- Impact du changement climatique plus marqué pour les femmes (rareté des ressources en eau, semences non adaptées au stress hydrique, pénibilité du travail du sol accentué par la rareté des pluies, prédateurs sur les cultures vivrières, etc).
- Persistance des us et coutumes peu valorisantspour les femmes ne leur permettant pas d’avoir une autonomie financière, une sécurité foncière et un accès aux organes de gouvernance des organisations agricoles.
- Existence de plafond de verrelimitant l’accès des femmes aux opportunités et aux postes de décisions. Nous pouvons rallonger la liste (rires !!!).
A.E : Le G100 met un accent particulier sur le leadership féminin. Comment les femmes peuvent-elles devenir des actrices majeures de la transformation agricole en Afrique ?
Vous m’excuserez d’être longue dans ma réponse à cette question, parce qu’elle me touche directement en tant qu’Ingénieur Agroéconomiste de formation, titulaire d’un Master professionnel en Management des risques industriels et environnementaux et Doctorante en Sociologie des organisations, Leadership et Gouvernance. Et c’est le cœur de la vision du G100. Au cours d’une interview que je donnais la semaine dernière à un magazine, je prenais l’exemple de la filière riz : Les femmes sont dans la production pluviale depuis des millénaires, mais ces superficies qui représentent plus de 90% des terres rizicoles emblavées ne bénéficient pas d’accompagnement, tandis que les hommes sont dans la production irriguée avec une superficie couverte de 10%, mais ce sont eux qui reçoivent les gros investissements. On répond généralement que la riziculture pluviale n’est pas compétitive avec de faibles rendements, etc. Pourtant, depuis 1980, la Côte d’Ivoire n’est plus autosuffisante en riz et elle importe environ 50% et plus de ses besoins de consommation. Imaginez un seul instant que nous arrivons à faire accepter par le gouvernement et pourquoi pas à faire adopter par les députés et sénateurs de notre pays, une loi qui permettrait de céder aux femmes, au moins 30 % des superficies prévues par les aménagements publics (environ 50.000 à 80.000 ha prévus, le long des berges et cours d’eau) pour développer la riziculture inondée (PNIA 2026-2035 et le PND 2025-2030) et un quota de 25% attribués au femmes, systématiquement sur chaque site aménagé pour la riziculture irriguée, je vous assure que la production locale va doubler d’ici 3 à 5 ans. Parce que ces femmes bénéficieront de semences améliorées, d’encadrement technique, d’infrastructures et équipements de production et de transformation. De plus, elles seront éligibles aux financements des banques, et seront des employeurs pour de nombreux jeunes (filles/femmes et garçons/hommes). Les femmes connaissent le métier de la riziculture puisque ce sont elles qui nourrissent les ménages, mais elles ne sont pas dans le bon système de production et rien n’est fait pour changer cela durablement. Je plaide de tout cœur pour que dans les politiques, programmes et projets agricoles, on accepte de voir les solutions du point de vue des femmes, de leur bien-être, de leur droit à profiter de toutes les opportunités de développement et d’amélioration de leur bien-être social, économique et financier. Savez-vous qu’en Côte d’Ivoire, les effectifs des écoles d’agriculture en général et de l’École Supérieur d’Agronomie (ESA/INP-HB) en particulier, sont dominés par les jeunes filles ? C’est le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, qui a annoncé lui-même ces chiffres, lors de la célébration du soixantenaire de l’ENSA à l’INP-HB, à Yamoussoukro, en mai 2026. Pensez-vous que ces jeunes filles tout comme les jeunes hommes qui sortiront des écoles, font ces études d’agronomie pour retourner à la daba et à la machette, là où la production laitière est assistée par ordinateur dans les pays agricoles industrialisés et que le semis des plantules de riz se fait par des machines agricoles assistés et ou la production hors sol se vulgarise de plus en plus ? J’invite tout un chacun à relire l’importante étude de la Banque mondiale sur la Côte d’Ivoire et qui date de 2017 : ET SI L’EMERGENCE ÉTAIT UNE FEMME ? Les conclusions de l’étude indiquent que la Côte d’Ivoire pourrait gagner au moins 6 milliards USD, si l’émergence était une femme. Pour la Banque Mondiale, l’équité des genres est la base, sinon le levier essentiel pour l’émergence économique de la Côte d’Ivoire. En effet, à partir des nombreuses données recueillies sur plusieurs indicateurs (éducation, emploi, revenu, gouvernance, secteurs d’activités, etc.), les conclusions de l’étude indiquent que la participation accrue des femmes dans les sphères économique et politique est une condition sine qua non pour la croissance inclusive. Le rapport souligne également que « l’équité des genres n’est pas seulement un objectif social et humain mais aussi économique ». On ne peut parler d’économie ivoirienne sans parler d’agriculture qui représente 25% du Produit Intérieur Brut (PIB), emploie près de 60% de la main d’œuvre féminine et ou les femmes participent à 80% des activités de production vivrières. D’autres étude dont celle de la BAD (2015), révèlent ceci en ce qui concerne les femmes dans le secteur agricole : « le manque d’accès à la terre ne leur permet pas d’optimiser les différentes innovations agricoles qui ont été mises en œuvre par les différents gouvernements de la Côte d’Ivoire afin qu’elles contribuent au mieux à une agriculture durable et une sécurité alimentaire ». Comment parler d’émergence si les femmes ne sont pas au centre de leur propre histoire ? Nous l’avons clairement dit dans notre discours et dans notre charte d’engagement. Le G100 Mondiale et son aile G100 Agriculture Côte d’Ivoire, veulent être :
- Un réseau consultatif d’expertise de haut niveau
- Une force de plaidoyer pour les femmes et les communautés
- Un répertoire d’expertise pour les partenaires et les institutions
- Un organe d’évaluation des politiques, programmes et projets.
A.E : En tant que spécialiste du développement international, quel rôle la coopération internationale peut-elle jouer pour accélérer la modernisation de l’agriculture ivoirienne ?
Nous assistons depuis ces deux dernières années à la réduction des financements de l’aide publique au développement international. Cela doit interpeller les dirigeants et politiques africains, pour orienter beaucoup plus les financements vers de nouveaux canaux, comme la mobilisation interne des ressources (à travers la diaspora, les bourses de valeurs mobilières, l’environnement des affaires et les facilités d’investissements pour les nationaux, comme par exemple les bourses de valeurs mobilières, etc). Nous avons aussi les marchés de la finance verte, les financements mixtes à travers les partenariats publics privés, les financements des risques d’investissements (surtout climatiques) et la réduction des risques pays et la perception des risques (à travers la lutte contre la corruption et les blanchiments de capitaux, la bonne gouvernance, etc). Il y a une variété de mécanismes et de leviers pour lever des capitaux tant publics que privés. Ce que je veux dire, c’est que la coopération internationale et l’aide publique au développement ne doit pas être le seul moyen de financement du développement d’un pays. La coopération internationale est orientée désormais vers un partenariat mutuellement bénéfique. Permettez-moi de paraphraser Feu le Président Houphouët Boigny : les pays n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts à défendre et à faire fructifier.

A.E : Le Canada est reconnu pour son expertise agricole. Quelles opportunités de coopération voyez-vous entre le Canada et la Côte d’Ivoire dans ce domaine ?
J’ai effectivement la chance de travailler au service de la Coopération internationale au sein de l’Ambassade du Canada depuis plusieurs années. Mais auparavant, pendant mes fonctions au Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil Agricoles (FIRCA, de 2008 à 2016), j’ai eu la chance en 2009 d’effectuer une mission professionnelle avec la haute direction, au sein de l’Union des Producteurs Agricoles du Québec (UPA-DI) et j’en ai retiré beaucoup d’enseignements. J’encourage les interprofessions agricoles et les filières agricoles ivoiriennes à effectuer un séjour d’immersion au sein de l’UPA-Di pour voir leur organisation spatiale, par filière et par chaîne de valeurs. Ils pourront aussi visiter la Financière agricole qui est un outil de financement du dispositif agricole des producteurs agricoles québécois. Le FIRCA a l’issue de cette mission a tiré profit des conclusions importante qu’elle a pu mettre en œuvre dont la construction du FIRCA, la Maison des Filières Agricoles qui s’est inspirée de la Maison des producteurs agricoles de l’UPA-DI. De plus, à la faveur de la célébration des 60 ans de l’ENSA/ESA, les aînés ingénieurs agronomes ont partagé des souvenirs et notamment des bénéfices des différentes missions d’imprégnation au sein du dispositif agricole canadien, qui a inspiré la Côte d’Ivoire pour mettre en place des Caisses Rurales d’épargne et de Prêts (CREP) et les Coopératives d’épargnes et des Crédits (COOPEC), grâce à l’expertise Des Jardins (DID), une institution de microfinance canadienne, qui est spécialisée dans la finance agricole.
Ces cinq dernières années, la coopération canadienne a financé des projets dans les filières anacarde et cacao et actuellement elle finance des projets dans la filières cacao et manioc, avec un accent sur l’inclusion du genre et la promotion du leadership féminin dans le secteur agricole.
A.E : Les jeunes se détournent parfois des métiers agricoles. Comment rendre ce secteur plus attractif pour la nouvelle génération ?
Pour répondre de manière imagée, nous disons au G100 Agriculture, les dabas et les machettes ont désormais leur place dans les musées. Je vais vous raconter une anecdote : J’étais à une cérémonie de lancement d’une grande activité touchant les investissements encouragés dans les secteurs agricoles et l’attractivité des filières agricoles pour les jeunes et les femmes. Et au moment ou un film institutionnel présente des réalisations modernes et de vastes exploitations mécanisées et des unités de transformation modernes et automatisés, nous avions devant nous, une décoration avec des machettes et des dabas ! C’était un véritable contraste. Nous devons nous défaire de la mentalité que notre agriculture ne peut être moderne. L’attractivité du secteur agricole pour jeunes filles et garçons doit certes s’appuyer sur des champions nationaux, mais l’accès au financement, les coûts des investissements agricoles et le dispositif d’encadrement des jeunes investisseurs dans l’agriculture doivent être améliorés et répondre à leur besoin. Nous avons en Côte d’Ivoire de nombreux jeunes qui font la fierté de notre agriculture, sur plusieurs chaînes de valeurs. Cela ne devrait pas être l’exception, mais le dispositif normal si nous voulons que l’agriculture, qui selon encore une étude de la Banque Mondiale (2015), est le secteur capable de résorber le chômage des jeunes, créer des emplois et transformer notre économie pour en faire une économie industrialisée.
A.E : La question du financement demeure un frein pour les entrepreneurs agricoles. Quelles solutions préconisez-vous pour améliorer l’accès aux financements ?
Dans le secteur agricole, les instruments de garantie agricoles sont d’abord la terre et les outils de production (investissements et équipements). L’Agence de Gestion du Foncier Rural est en train de travailler sur la question de la sécurisation foncière. Nous devons sensibiliser nos populations rurales et particulièrement les jeunes en milieu rural à ne pas brader les terres de leurs parents mais à en faire un outil d’investissement par le fermage, la location annuelle et avec la sécurisation foncière administrative, ces terres seront des garanties de prêts pour le financement de leurs projets d’investissements agricoles. N’oublions pas non plus la valorisation des richesses culturelles et touristiques des régions, qui sont aussi des opportunités économiques pour nos populations, pour les jeunes et qui pourraient aussi être un domaine d’attrait pour les investisseurs. Au G100, nous pensons que l’Agrotourisme est une opportunité de financement pour nos communautés dans le milieu rural et surtout la jeunesse. Pour les organisations de femmes spécialement, elles demeurent dans la précarité foncière parce qu’elles préfèrent la gratuité. Elles préfèrent négocier une parcelle de terre pour leurs activités agricoles plutôt qu’une location, comme beaucoup d’exploitants le font dans nos villages. Finalement, le propriétaire terrien les années plus tard, leur réclament les parcelles et les voilà dans un cycle de recommencement.

Pour les jeunes entrepreneurs agricoles, je leur conseille le financement de leur projet, de pratiquer la politique de l’escalier ou le saucissionnement de leurs investissements. Je leur conseille de découper leurs projets en plusieurs lots par ordre de priorité et d’avancer à leur rythme. Les résultats parleront d’eux-mêmes et attireront des investisseurs. Ceci dit, il n’est pas interdit d’explorer autant que possible, les mécanismes de financement, même minimes, existant au sein des Ministères techniques ou dans de nombreux programmes financés par les partenaires techniques et financiers et les fondations.
A.E : Les changements climatiques bouleversent les systèmes de production. Comment le G100 Agriculture entend-il accompagner les producteurs vers une agriculture plus résiliente ?
Les femmes dans les filières vivrières bénéficient très peu de dispositifs d’appui conseil et d’encadrement, parce qu’elles sont encore pour la plupart dans l’informel. Nous envisageons de signer des partenariats avec des structures de recherches agricoles, l’Association des Femmes Chercheurs mais aussi et surtout valoriser le savoir des gens de la terre (SGT). Les producteurs et les productrices en milieu rural ont leur mécanisme de résilience qu’il est important de documenter, de préserver et de valoriser. Nous avons par exemple des semences et des variétés traditionnelles qui sont en voie de disparition ou méconnu, comme l’igname à chair jaune, très connu dans la région du Lô djiboua et je pense bien dans plusieurs localités de pays. La filière feuilles locale (manioc, épinard, etc) pourrait être accompagnée à travers le séchage et l’amélioration de la conservation, pour l’alimentation des adultes et des enfants en carence en fer, etc. Nous avons au sein du G100 et dans notre vaste réseau, des expertises avérées que nous entendons mettre à la disposition de nos futurs partenaires.
A.E : Les Nouvelles Technologies, l’Intelligence Artificielle et l’Agriculture Numérique peuvent-elles constituer un levier de transformation en Afrique ?
Bien sûr que oui et c’est un changement irréversible dans lequel les agriculteurs africains devront tirer le meilleur parti. Et ce sont des outils intégrés et appliqués au secteur agricole qui attirent le plus les jeunes. Voilà pourquoi l’Agritech est un domaine qui est pris en compte par le G100. Les données des études dans les TIC indiquent que là ou un européen a un (1) seul téléphone, les africains se retrouvent avec 2 voire 3 appareils téléphoniques. Mais la contrainte se trouve au niveau de la connectivité qui reste faible. Je voudrais partager l’expérience d’un projet financé par Affaires Mondiales Canada dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Il s’agit du Projet d’autonomisation des femmes dans les communautés de la région du Tchologo (ACT Femmes). Ce projet mis en œuvre par Action Contre la Faim (ACF) avec des partenaires locaux tels que les Amozo’ones du Web, a permis aux femmes de 30 Groupements agricoles de rejoindre une plateforme d’e-Commerce. Bien plus, le projet les a formés au Numérique, à la création de contenu grâce à un agent IA, à prendre des photos et des vidéos et à accroître leurs volumes de produits vivriers commercialisés. Cette application qui s’appelle « Nour », créé grâce à ce projet sera dans les prochains mois téléchargeable sur les différentes plateformes androïde et Apple.
A.E : Quels sont les grands projets que le G100 Agriculture Côte d’Ivoire compte mettre en œuvre dans les prochains mois ?
Nous avons quatre axes d’intervention qui guideront nos actions et qui sont :
Axe 1 : Étendre le réseau G100 Agriculture Côte d’Ivoire (par pôle agro-écologique, par filières et par chaînes de valeur)
Axe 2 : Développer des partenariats stratégiques internes et externes (depuis la recherche agronomique, en passant par la diffusion des innovations technologiques, le renforcement des capacités et la recherche de financement pour nos initiatives)
Axe 3 : Porter des initiatives de changement à travers les plaidoyers, la sensibilisation, avec l’appui de nos alliés Denim mais aussi d’autres hommes impliqués dans le mouvement de la masculinité positive au sein des grandes institutions (Senat, Assemblée nationale, Conseil économique, Social et Environnemental, etc.) et avec la contribution des projets et programmes agricoles financés par l’État de Côte d’ivoire et les partenaires techniques et financiers.
Axe 4 : Célébrer les réussites et les alliances d’impacts. L’Année 2026 a été décrété par les Nations Unies, ANNÉE INTERNATIONALE DES AGRICULTRICES. Nous voulons nous associer à différents partenaires pour célébrer de façon exceptionnelle les femmes agricultrices qui impactent leur environnement. Nous voulons les mettre en lumière. Je voudrais indiquer aussi que la Présidente en exercice du G100, Dr Hartini (HC) Binti Osman, est en pourparlers avec plusieurs partenaires pour la mise en place de la Banque mondiale des femmes. En octobre 2026, il se tiendra en Malaisie, la Conférence mondiale des Présidentes du G100.
A.E : Vous avez un parcours reconnu dans le développement international. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui aspirent à exercer des responsabilités dans les secteurs de l’agriculture, du développement et de la diplomatie ?
Me basant sur mon parcours, je dirai qu’il faut dans un premier temps avoir l’amour et la passion de l’activité que vous exercez. Si vous le faites par contraintes financières ou sans ambition, vous passerez à côté de nombreuses opportunités d’impacter votre vie d’abord et celle des autres ensuite. Il faut saisir les opportunités et ne peut avoir peur de sortir de sa zone de confort et d’apprendre. Le cerveau humain a un très grande capacité d’adaptation et les neurones ont une grande élasticité. Quand j’ai intégré la coopération canadienne, les premiers projets sur lesquels j’ai travaillé les trois premières années concernaient la Santé Sexuelle et Reproductive. J’ai profité de nombreux webinaires qui se déroulaient pendant la période de confinement pour apprendre et connaître les enjeux liés à ce domaine de la santé, surtout celles des femmes et des jeunes adolescents (filles et garçons). Il faut donc se former et être à l’affut des sujets d’intérêts tels que l’Intelligence Artificiel, l’Agritech, le changement climatique, les marchés carbones et la finance verte, le développement des chaînes de valeurs et la transformation aussi bien primaire que secondaire. J’encourage les femmes à développer leurs réseaux et surtout leur leadership en n’ayant pas peur d’assumer les responsabilités dont elles ont les compétences requises. Il faut valoriser ses compétences et ne pas hésiter à saisir les opportunités.
A.E : Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs, aux investisseurs et aux producteurs agricoles qui nous lisent dans Afrique Économie ?
Je voudrais réitérer le message que j’ai partagé lors de mon discours au cours de la cérémonie de lancement du G100 Agriculture, Agritech, Agrotourisme et Agro-industrie: À nos futurs partenaires, aux responsables d’institutions nationales et internationales : « chaque fois que vous vous souciez des femmes dans le secteur rural, dans les filières et chaînes de valeur agricoles, chaque fois que vous souhaitez recueillir un avis, avoir une expertise, quand vous aurez besoin de voix pour des plaidoyers, des sensibilisations, chaque fois que vous aurez besoin de concevoir ou d’évaluer une politique agricole, un programme ou un projet, ayez un regard féminin et pensez G100 Agriculture Côte d’Ivoire ».
Interview réalisée par Nadège Koffi
