Le Numérique se positionne comme l’un des espaces majeurs d’investissement du Plan National de Développement (PND) 2026-2030.
Réunis ce mardi 15 septembre 2026 à la Maison de l’Entreprise, au Plateau (Abidjan-Côte d’Ivoire), à l’invitation de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), les acteurs du secteur privé ont découvert une feuille de route qui prévoit 40 projets structurants, mais aussi plusieurs mécanismes destinés à faciliter leur participation.

À travers six opportunités d’investissement chiffrées présentées lors de la rencontre, ce sont 541,3 milliards de FCFA de budgets estimatifs qui ont été exposés.
La deuxième édition de la série de rencontres « Focus PND », initiée par la CGECI, était consacrée au Ministère de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique.
Animée par le Ministre Djibril OUATTARA, la rencontre avait pour objectif d’informer et de sensibiliser les Entreprises sur les opportunités ouvertes par le PND 2026-2030 dans le secteur numérique.
Le rendez-vous intervient dans un contexte où le financement privé doit prendre une place déterminante dans la réalisation du nouveau PND. 70,2 % du financement du PND 2026-2030 sont attendus du secteur privé, faisant de celui-ci un partenaire central de la mise en œuvre des investissements prévus.
Dans son intervention, le Président de la CGECI, Ahmed CISSE, a souligné la nécessité d’une implication forte des entreprises dans la réussite du nouveau cycle de développement. Félicitant le Ministre Djibril OUATTARA pour sa nomination au Gouvernement, après son passage au Conseil d’administration de la CGECI, il a relevé la place accordée au secteur privé dans les initiatives de son département.
« La réussite du PND-2026-2030 reposera sur le niveau d’implication des acteurs du Secteur Privé dans leur ensemble. Nos entreprises sont prêtes à co-construire avec l’Etat, les chantiers portés par votre Ministère, pour faire ainsi du Numérique, le levier structurant du développement de notre beau pays », a-t-il déclaré.

Porter l’économie numérique à 15 % du PIB
L’ambition affichée par le Ministère est de faire progresser significativement le poids du numérique dans l’économie ivoirienne. Sa contribution, estimée à près de 6 % du PIB actuellement, est appelée à atteindre 15 % à l’horizon 2030.
Pour y parvenir, la stratégie nationale repose sur sept piliers : la structuration et le développement de la connectivité et de l’accès à Internet ; la transformation numérique de l’administration ; le développement de l’écosystème de l’innovation technologique ; le déploiement d’une Intelligence Artificielle nationale ; le renforcement de la cybersécurité et de la confiance numérique ; le développement des compétences numériques ; ainsi que la redynamisation de l’e-commerce et la transformation postale.

Ces orientations sont déclinées en 40 projets structurants.
Sur le volet de la connectivité, le programme prévoit notamment l’adaptation du cadre légal et réglementaire aux évolutions des communications électroniques, l’extension de la couverture numérique nationale, y compris à travers les technologies satellitaires, l’amélioration de l’accessibilité aux équipements et contenus numériques et le développement d’une politique nationale des infrastructures numériques.
La transformation de l’administration constitue un autre chantier majeur. Le gouvernement prévoit notamment de bâtir des registres de référence autour d’un identifiant numérique, de mettre en place une passerelle de paiements électroniques des services administratifs, de déployer une plateforme d’interopérabilité des systèmes d’information de l’administration et de digitaliser les services publics à fort impact.
700 services numériques annoncés d’ici fin 2028
C’est dans ce cadre que le Ministre a présenté les Infrastructures Publiques Numériques (DPI) comme une opportunité pour le secteur privé ivoirien.
Le dispositif doit notamment permettre de connecter les services publics, le Trésor, les banques et la monnaie électronique au PI-SPI de la BCEAO, ainsi qu’aux dispositifs de rapprochement.
L’administration numérique devrait également connaître une accélération avec un objectif de 700 services numériques d’ici fin 2028, dont 140 sont déjà identifiés, selon les données présentées lors de la rencontre.
Cette transformation ouvre plusieurs champs d’intervention aux entreprises, notamment dans les solutions numériques, les infrastructures, les plateformes, l’interopérabilité, les paiements électroniques et la gestion du patrimoine informationnel de l’État.
Les premières opportunités chiffrées présentées donnent la mesure des investissements envisagés : 15 milliards de FCFA pour la numérisation liée aux e-services et 63 milliards de FCFA pour le patrimoine informationnel de l’État.
250 milliards FCFA pour la Cité de l’Innovation et de la Culture
L’innovation technologique constitue également un important réservoir d’investissements. Le développement du VITIB, la création d’un réseau d’infrastructures nationales, régionales et universitaires d’innovation, l’implication du secteur privé et la mise en place de mécanismes de financement adaptés figurent parmi les projets identifiés.
La Cité de l’Innovation et de la Culture, dont la mise en œuvre figure parmi les 40 projets structurants, est présentée avec un budget estimatif de 250 milliards de FCFA.
Le développement du VITIB représente, pour sa part, une opportunité estimée à 58,3 milliards de FCFA, tandis que le Réseau national d’innovation, destiné à rapprocher l’innovation des régions et des universités, est évalué à 60 milliards de FCFA.
À ces projets s’ajoutent les investissements envisagés dans les infrastructures de formation numérique. Avec un budget estimatif de 95 milliards de FCFA, l’objectif affiché est de contribuer à former des dizaines de milliers de talents numériques à travers le territoire.
Startups et PME : vers un accès à la commande publique
La stratégie présentée ne cible toutefois pas uniquement les grands investisseurs. Les startups et PME du numérique font l’objet de dispositifs spécifiques.
Trois programmes ont été présentés.
Ivoire Tech | Next 15 vise les startups innovantes à forte croissance. Quinze entreprises doivent être sélectionnées et accompagnées pendant 24 mois, avec une orientation vers le financement en capital-risque et des secteurs prioritaires de l’économie numérique.
Ivoire Tech | Scale Up cible quinze PME technologiques déjà établies, également accompagnées pendant 24 mois. Le dispositif s’adresse notamment aux entreprises affichant un chiffre d’affaires moyen supérieur à 500 millions de FCFA sur trois à cinq exercices et réalisant au moins 65 % de leur chiffre d’affaires dans le numérique.
Le troisième dispositif, Ivoire Gov Tech Lab, introduit directement la question de la commande publique. Les projets numériques du ministère doivent être publiés en ligne, permettant aux startups et PME de candidater directement.
Une orientation qui rejoint l’un des 40 projets structurants : structurer un cadre d’accès aux opportunités d’affaires du secteur du numérique pour les acteurs du secteur privé.
Des montages adaptés aux risques des projets
Pour mobiliser les capitaux privés, le ministère entend par ailleurs adapter les mécanismes contractuels à la nature et à l’économie de chaque projet.
Plusieurs modèles ont été présentés : concession, contrats de type BOT, tarification à l’usage, paiement de disponibilité, services gérés, ainsi que finance mixte et garanties.
Dans le cas d’une concession, l’exploitation peut être déléguée lorsque les conditions juridiques et économiques le permettent, avec une possibilité de réversibilité. Le modèle BOT permet au partenaire de concevoir, financer le cas échéant, construire et exploiter une infrastructure avant son transfert selon les termes du contrat.
La tarification à l’usage serait réservée aux situations où elle est autorisée, transparente et plafonnée. Le paiement de disponibilité lie, lui, la rémunération à la disponibilité, à la performance et au niveau de service. Le modèle des services gérés confie l’exploitation d’une plateforme à un prestataire selon des indicateurs de service, de sécurité et de continuité.
Enfin, la finance mixte doit permettre de combiner fonds privés, financements concessionnels et garanties, en fonction de la bancabilité des projets.
Un secteur privé appelé à passer du financement à la co-construction
Au-delà des montants annoncés, le Focus PND aura ainsi permis de préciser les différents niveaux d’intervention attendus des entreprises dans la transformation numérique de la Côte d’Ivoire : financement d’infrastructures, développement de solutions, exploitation de plateformes, innovation, formation, cybersécurité, services numériques et accès à la commande publique.
Avec 40 projets structurants, une ambition de porter le numérique à 15 % du PIB en 2030 et plusieurs opportunités d’investissement déjà chiffrées, le ministère entend faire du secteur privé un acteur de premier plan de cette transformation.
La rencontre a également enregistré la présence du président du Conseil d’administration de la Fédération Ivoirienne des Petites et Moyennes Entreprises (FIPME), Dr Kanigui OUATTARA, qui a pris part aux échanges et au discours de clôture de la rencontre.

Pour le PND 2026-2030, l’enjeu ne sera donc pas seulement de numériser davantage l’administration ou de développer de nouvelles infrastructures. Il s’agit aussi de créer les conditions permettant aux entreprises ivoiriennes de prendre part à la construction de cette nouvelle économie numérique, en tant qu’investisseurs, fournisseurs de solutions, opérateurs et bénéficiaires des nouvelles opportunités d’affaires.
Nadège Koffi
