Faire de la santé visuelle un enjeu de santé publique et améliorer l’accès aux données sur les troubles de la vision en Afrique. C’est l’objectif de la conférence de presse organisée le vendredi 28 août 2026 à l’hôtel Belle Côte, à Cocody Riviera Palmeraie (Abidjan-Côte d’Ivoire), par Lapaire, entreprise spécialisée dans l’optique et la lunetterie.
Placée sous le thème « Santé visuelle : des statistiques d’Afrique disponibles, accessibles gratuitement pour tous », la rencontre a permis de présenter les principaux enseignements du Rapport Santé Visuelle en Afrique 2026, établi à partir de l’analyse de 1.149.296 tests de vue réalisés entre 2019 et 2026 dans huit pays africains. Les données couvrent sept années d’observation dans plus de 120 centres optiques à travers le continent.
À travers cette présentation, l’objectif affiché est de contribuer à une meilleure connaissance des besoins visuels des populations et de sensibiliser davantage au dépistage et à la correction des troubles de la vue. La rencontre avec les médias a été animée par Nobhel BAUGNAN, Chargée Marketing et Communication.

Plus de trois personnes sur quatre concernées
Les données présentées dressent un constat préoccupant : 76,8 % des besoins visuels identifiés ne sont pas corrigés. Autrement dit, plus de trois personnes sur quatre présentant un défaut visuel n’ont pas la correction dont elles ont besoin.
Les écarts sont importants selon les pays. La Côte d’Ivoire affiche un besoin visuel non corrigé de 67 %, contre 89 % en République démocratique du Congo.
Ces chiffres mettent en évidence les difficultés persistantes d’accès au dépistage et aux équipements correcteurs dans plusieurs pays africains. Une situation susceptible d’avoir des conséquences sur l’apprentissage, les performances professionnelles, la mobilité et la sécurité.
Les jeunes adultes particulièrement concernés
Les troubles visuels ne concernent pas uniquement les personnes âgées. Les données du Vision Health Index montrent que 40,1 % des patients examinés sont âgés de 18 à 29 ans, faisant de cette tranche d’âge la plus représentée parmi les personnes ayant effectué un test de vue.
Cette tendance intervient dans un contexte marqué par une utilisation croissante des smartphones, ordinateurs et autres écrans dans les activités quotidiennes, scolaires et professionnelles.
Selon les données présentées, une personne sur deux dans le monde pourrait être myope d’ici 2050, tandis que 33 % des travailleurs présentent déjà une vision non corrigée susceptible d’être améliorée.
Un impact qui dépasse la santé
La déficience visuelle constitue également un enjeu économique. Selon les données communiquées lors de la rencontre, environ 90 % des informations nécessaires à la réalisation des activités quotidiennes sont transmises au cerveau par les yeux.
Une vision déficiente peut affecter la concentration, ralentir l’exécution des tâches et favoriser les erreurs dans le cadre professionnel.
À l’échelle mondiale, les déficiences visuelles seraient ainsi associées à environ 411 milliards de dollars de pertes économiques chaque année, notamment en raison de la baisse de productivité.
Des risques pour la sécurité au travail
Dans les ateliers, les usines et les laboratoires, les troubles de la vision peuvent également accroître les risques professionnels.
Les chiffres évoqués font état de 3,5 millions de lésions oculaires professionnelles chaque année dans le monde, soit environ 1 % de l’ensemble des accidents professionnels non mortels. Plus de 13 millions de personnes vivraient par ailleurs avec une déficience visuelle liée à leur activité professionnelle.
Les projections de particules, les produits chimiques, les rayonnements et les poussières figurent parmi les principaux dangers auxquels les travailleurs peuvent être exposés.
Soleil et écrans : des facteurs de risque quotidiens
L’exposition répétée aux rayons ultraviolets (UV) constitue également un facteur de risque important, notamment dans les régions proches de l’équateur.
Selon les données présentées, parmi les 15 millions de personnes aveugles à cause de la cataracte dans le monde, environ 10 % des cas pourraient être liés à l’exposition aux UV.
Les écrans représentent un autre facteur de fatigue visuelle lorsqu’ils sont utilisés pendant de longues périodes. Parmi les recommandations évoquées figure la règle du 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder pendant au moins 20 secondes un objet situé à environ 20 pieds, soit près de 6 mètres.
Des différences entre les femmes et les hommes
Les données du Vision Health Index font également apparaître des différences selon le sexe. Le taux de myopie atteint 23,9 % chez les femmes, contre 19,2 % chez les hommes.
Ces écarts soulignent l’importance d’un dépistage régulier auprès des différentes catégories de population.
La prévention au cœur des enjeux
Au terme de la présentation, un constat s’impose : la santé visuelle demeure un enjeu encore insuffisamment pris en compte, alors que ses conséquences dépassent largement le seul cadre médical.
Le renforcement du dépistage, l’accès à une correction adaptée, la prévention des risques liés aux UV et une meilleure sensibilisation aux effets d’une utilisation prolongée des écrans constituent autant de pistes susceptibles de réduire le poids des troubles visuels.
Pour les populations africaines, l’amélioration de l’accès à l’information et aux soins visuels représente ainsi un enjeu à la fois sanitaire, éducatif, professionnel et économique.
Paterne KRAIDI
