Après avoir relancé le débat sur Mayotte avec une proposition de dialogue et de rapprochement, le mouvement de Saïd LARIFOU met désormais en avant un projet de transformation économique et institutionnelle fondé sur 20 Régions et la mobilisation progressive de 50.000 jeunes.
Le RIDJA-PACTEF entend renforcer son positionnement dans le débat politique comorien en articulant désormais deux axes : une nouvelle approche du dossier de Mayotte et une proposition de réorganisation économique et territoriale du pays.
Portée par son président, Me Saïd LARIFOU, cette démarche vise à proposer une alternative au fonctionnement actuel, en plaçant les territoires, leurs ressources et leur jeunesse au cœur du développement.
Dans un communiqué de presse transmis à Afrique Économie par le concerné, dimanche 30 août 2026, le président du RIDJA-PACTEF présente cette démarche comme une nouvelle étape de son engagement politique pour les Comores.
Le document revient notamment sur les réactions suscitées par sa contribution intitulée « Pour une nouvelle vision économique et territoriale des Comores- Pacte 50 000 jeunes, 20 Régions » et détaille les modalités envisagées pour sa mise en œuvre.
Cette dynamique intervient après une prise de position sur la question de Mayotte, à travers une lettre ouverte dans laquelle Me Saïd LARIFOU défend une approche fondée sur le dialogue et le rapprochement entre les populations de l’archipel.

Sortir du face-à-face sur Mayotte
Dans cette lettre ouverte adressée aux Mahorais, aux Comoriens, au peuple français ainsi qu’aux responsables politiques des deux pays, Saïd LARIFOU défend une approche qu’il présente comme une volonté de « sortir de la surenchère » autour de Mayotte.
Tout en réaffirmant son attachement à l’intégrité territoriale des Comores et en rappelant les positions adoptées par les Nations unies sur la question, le président du RIDJA-PACTEF estime qu’aucune solution durable ne pourra être construite « contre la volonté des Mahorais ».
Cette position entend tenir ensemble deux réalités : la revendication historique et juridique portée par les Comores, d’une part, et la réalité institutionnelle actuelle de Mayotte ainsi que l’attachement d’une partie de sa population à la France, d’autre part.
Pour Me LARIFOU, le différend ne doit cependant plus être réduit à une confrontation entre Paris et Moroni. Il estime que les difficultés vécues par les populations de l’archipel, accès à l’eau, santé, éducation, emploi, développement économique, sécurité ou encore mobilité, doivent être replacées au centre du débat.
Le responsable politique propose ainsi, à l’issue des prochaines échéances politiques, la préparation d’une Conférence sur l’avenir et le rapprochement de l’archipel des Comores. Celle-ci réunirait la France, l’Union des Comores, des représentants de Mayotte ainsi que des acteurs politiques, institutionnels, économiques et de la société civile, sans oublier la jeunesse et les diasporas.
L’objectif serait de commencer par les domaines susceptibles de favoriser la confiance : santé, formation, développement économique, environnement, sécurité maritime, mobilité des jeunes, échanges culturels et coopération régionale.
Les 20 Régions comme base du développement
Cette volonté de renouvellement se prolonge sur le terrain économique et institutionnel. Le RIDJA-PACTEF propose de partir des territoires pour identifier les leviers de développement propres à chacune des 20 Régions des Comores.
Le mouvement prévoit ainsi la constitution progressive de Conseils régionaux pour le développement économique et territorial. Ces structures seraient constituées dans un premier temps autour de volontaires, jeunes diplômés ou non, entrepreneurs, agriculteurs, pêcheurs, artisans, enseignants, cadres, professionnels ou acteurs associatifs, disposant d’une connaissance ou d’une expérience de leur territoire.
Leur première mission serait d’établir un diagnostic de chaque Région : ressources naturelles et humaines, activités agricoles et maritimes, potentiel touristique, infrastructures, besoins en formation, secteurs susceptibles de générer des activités et des emplois, mais également projets existants ou à développer.
Le projet ambitionne ainsi de faire émerger progressivement une « carte d’identité économique, humaine et sociale » de chacune des 20 Régions.
La diaspora comme réservoir de compétences
Le dispositif proposé ne s’arrête pas aux frontières de l’archipel. Le RIDJA-PACTEF veut également associer la diaspora comorienne, considérée comme un réservoir important de compétences et d’expériences.
Universitaires, médecins, ingénieurs, juristes, enseignants, entrepreneurs, techniciens et autres professionnels installés à l’étranger pourraient être associés aux besoins identifiés dans leurs Régions d’origine.
L’ambition affichée est donc de dépasser une approche limitée aux transferts financiers. La diaspora serait également sollicitée pour ses compétences, ses réseaux, son expérience et sa connaissance d’autres environnements économiques.
À l’échelle nationale, les différentes organisations régionales auraient vocation à être fédérées au sein d’une Fédération nationale des organisations régionales pour le développement des Comores. Celle-ci aurait notamment pour rôle de faciliter la coopération entre les territoires et de mutualiser leurs expériences.
50.000 jeunes, un objectif de mobilisation
Le chiffre de 50.000 jeunes constitue l’autre pilier de la proposition. Le RIDJA-PACTEF précise toutefois qu’il ne correspond ni à 50.000 emplois déjà disponibles, ni à 50.000 allocations ou financements.
Il s’agit, selon les initiateurs, d’un objectif national de mobilisation à moyen terme, destiné à donner une dimension générationnelle au projet.
La démarche devrait être progressive, « territoire par territoire, projet par projet, formation par formation », en fonction des besoins identifiés et des moyens effectivement mobilisables.
Cette précision constitue l’un des messages centraux du dispositif : le mouvement affirme ne pas vouloir promettre des emplois ou des financements qui n’existent pas encore. Les projets devraient d’abord être identifiés, étudiés et chiffrés avant la recherche de ressources.
Dans cette logique, l’appel actuellement lancé aux volontaires ne constitue donc ni une campagne de recrutement ni un programme d’aide. Il vise d’abord à identifier les personnes souhaitant participer à la construction de leur territoire.
Une stratégie politique qui se veut territoriale
Au-delà du volet économique, cette démarche accompagne une ambition institutionnelle : faire progressivement reconnaître les Régions dans la Constitution de l’Union des Comores.
Le concept de « République des Régions » défendu par le RIDJA-PACTEF ne se limiterait pas à un redécoupage administratif. Le mouvement veut en faire un modèle dans lequel les territoires disposeraient d’une capacité accrue d’initiative, de responsabilité et de développement.
Cette approche constitue également une manière pour le mouvement de chercher à renouveler le débat politique national en déplaçant une partie de celui-ci vers les enjeux concrets des populations : emploi, formation, infrastructures, ressources locales et développement économique.
De Mayotte au développement économique
Pour le RIDJA-PACTEF, les deux volets, Mayotte et développement territorial, participent d’une même volonté : sortir les Comores du fatalisme et proposer une nouvelle manière de penser leur avenir.
Me Saïd LARIFOU met notamment en avant ses réseaux, notamment en Afrique, et ses expériences accumulées au cours de son parcours, qu’il considère comme des atouts pour contribuer à cette transformation.
Reste désormais à transformer les propositions en dynamique concrète. La constitution des premiers noyaux régionaux, l’établissement des diagnostics territoriaux et la mobilisation de compétences à l’intérieur comme à l’extérieur du pays devraient constituer les premières étapes de cette démarche.
Avec les 20 Régions comme cadre territorial et 50.000 jeunes comme horizon de mobilisation, le RIDJA-PACTEF cherche ainsi à inscrire son projet dans une perspective de moyen terme, en faisant du développement local, de la jeunesse et de la réorganisation institutionnelle les nouveaux marqueurs de son offre politique.
Nadège Koffi
