Forum régional des jeunes AFW 2026 : À Abidjan, la Banque mondiale plaide pour l’innovation, la formation et des emplois de qualité
Comment faire de la jeunesse africaine le moteur du développement économique du continent ?
C’est à cette question que le Groupe de la Banque mondiale a tenté d’apporter des réponses à l’occasion du Forum régional des jeunes AFW 2026 organisé ce lundi 22 juin au siège de l’Institution à Abidjan (Côte d’Ivoire-Afrique de l’Ouest), en simultané avec six autres pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre et Washington D.C, notamment le Nigeria, le Ghana, la Guinée, le Sénégal, le Niger et le Cameroun.
Placée sous le thème : « Youth Works. Africa Thrives, « La Jeunesse à l’Œuvre, l’Afrique en Marche », cette rencontre s’inscrit dans le cadre du programme d’engagement jeunesse du Groupe de la Banque mondiale pour la région Afrique de l’Ouest et du Centre.

Elle a réuni jeunes entrepreneurs, étudiants, leaders associatifs, représentants du secteur privé et responsables de l’institution financière internationale autour des défis liés à l’emploi, à l’entrepreneuriat et au développement durable.

Pour la Côte d’Ivoire, les échanges ont porté sur l’accès à l’énergie, le capital humain et les emplois du futur, avec une interrogation centrale : comment les jeunes Africains peuvent-ils tirer parti de l’innovation pour contribuer à la création d’emplois ?
L’emploi des jeunes, une priorité pour la Banque mondiale
Intervenant lors des travaux, Josiane KWENDA, Responsable Pays de l’IFC, a rappelé que l’emploi des jeunes constitue une priorité pour le Groupe de la Banque mondiale. Selon elle, les solutions doivent désormais cibler les secteurs à fort potentiel et intégrer davantage l’innovation.

Les discussions menées avec les participants ivoiriens ont permis d’identifier plusieurs obstacles persistants à l’insertion professionnelle. Parmi les préoccupations soulevées figurent la difficulté d’accès aux stages, les obstacles au financement des projets entrepreneuriaux, l’inadéquation entre les formations dispensées et les besoins du marché de l’emploi ainsi que la nécessité pour les jeunes de maîtriser les outils liés à l’innovation et à l’intelligence artificielle.
Pour les participants, ces défis constituent aujourd’hui des freins majeurs à l’émergence d’une jeunesse capable de répondre aux exigences d’un marché du travail en pleine mutation.
« Le futur est en Afrique »
Connecté en visioconférence avec les différents pôles régionaux, Ousmane DIAGANA, Vice-Président Afrique de l’Ouest et du Centre du Groupe de la Banque mondiale, a insisté sur le rôle stratégique de la jeunesse dans la transformation économique du continent.
« La jeunesse est la force de notre région et la force du continent africain », a-t-il déclaré, estimant que l’Afrique doit transformer son potentiel démographique en véritable moteur de croissance.
Pour le responsable de la Banque mondiale, les opportunités existent sur le continent et doivent être saisies par les jeunes eux-mêmes avec l’appui des gouvernements et des partenaires au développement. Il a notamment encouragé les jeunes à développer un esprit entrepreneurial, à faire preuve de responsabilité citoyenne et à accepter la prise de risque comme élément indispensable à l’innovation et à la création de valeur.

La Banque mondiale présente ses opportunités aux jeunes talents
Au-delà des débats sur l’emploi et l’entrepreneuriat, le forum a également permis aux participants de découvrir les différentes opportunités de carrière et de formation offertes par le Groupe de la Banque mondiale.
Animée par Cédric MOUKOURI, Spécialiste principal des Ressources humaines, Talents et Sensibilisation, cette session a mis en lumière plusieurs programmes phares de l’institution, notamment le Programme des Jeunes Professionnels (YPP), destiné à former les futurs leaders du développement international, le Programme Pionnier ainsi que l’Africa Fellowship Program, qui offre aux jeunes chercheurs et professionnels africains l’opportunité d’acquérir une expérience au sein du Groupe de la Banque mondiale.
Les participants ont également bénéficié d’une formation pratique faite par Nadine DALLYS, Human Resources Business Partner, consacrée à la rédaction de curriculum vitae, de lettres de motivation et à la préparation des entretiens d’embauche.
Une initiative particulièrement appréciée par les jeunes présents, qui ont pu mieux comprendre les exigences du recrutement international et renforcer leurs capacités à saisir les opportunités offertes par les grandes institutions de développement.

Des recommandations concrètes pour accélérer l’employabilité
Les ateliers de réflexion organisés dans les différents pays participants ont débouché sur plusieurs recommandations.
Du côté du Cameroun, les participants ont plaidé pour le développement de l’Agritech et du numérique, la création de centres de formation aux métiers ainsi que le renforcement des chaînes de valeur locales.
Au Sénégal, les jeunes ont mis l’accent sur le développement des partenariats public-privé, la réforme du système éducatif et le renforcement des actions de sensibilisation destinées à la jeunesse.

La délégation ivoirienne s’est distinguée par des propositions particulièrement orientées vers les résultats. Les participants ont notamment recommandé l’instauration d’une « clause jeunesse » dans les grands projets d’infrastructures afin qu’une partie des investissements soit consacrée à la formation certifiante des jeunes des zones concernées.
Ils ont également plaidé pour la mise en place de micro-fonds de garantie plus accessibles aux jeunes entrepreneurs, sans les contraintes bancaires habituelles, afin de soutenir les initiatives dans des secteurs comme l’agriculture, la logistique ou l’énergie.
Autre proposition forte : investir dans des infrastructures d’innovation plutôt que dans des innovations isolées; créer des mécanismes de validation et de passage à l’échelle des innovations; renforcer l’alignement entre les universités, les innovateurs et le secteur privé; faciliter l’accès au financement en repensant les critères d’éligibilité.

Les participants ont également insisté sur la nécessité de développer un véritable écosystème d’innovation, d’adapter les formations aux réalités du marché du travail et de renforcer les partenariats entre les universités et le monde professionnel.
Miser sur des emplois de qualité
Pour Marie-Chantal UWANYILIGIRA, Directrice de Division Côte d’Ivoire, Bénin, Guinée et Togo à la Banque mondiale, la priorité ne réside pas uniquement dans la création massive d’emplois.
La responsable a réaffirmé la volonté de l’institution d’accompagner davantage la jeunesse africaine tout en soulignant l’importance de promouvoir des emplois de qualité, capables d’offrir des perspectives durables d’insertion et d’évolution professionnelle.

Cette vision rejoint les préoccupations exprimées par de nombreux participants qui ont insisté sur la nécessité de construire des parcours professionnels stables dans un contexte marqué par les mutations technologiques et les nouveaux besoins du marché.
Une jeunesse appelée à devenir le moteur du développement africain
Relié à Washington D.C. et aux autres pays participants, le Forum régional des jeunes AFW 2026 a permis aux jeunes d’Afrique de l’Ouest et du Centre de faire entendre leur voix et de formuler des recommandations concrètes en faveur de l’emploi, de l’entrepreneuriat et du développement durable.
Au-delà des échanges, le message porté par les responsables de la Banque mondiale est clair : l’avenir économique du continent dépendra largement de sa capacité à investir dans son capital humain, à favoriser l’innovation et à créer les conditions d’une insertion professionnelle durable pour sa jeunesse.
Pour les participants, l’enjeu est désormais de transformer ces recommandations en actions concrètes afin que la jeunesse africaine ne soit plus seulement considérée comme une promesse, mais comme un acteur central du développement du continent.
Les défis évoqués lors du Forum régional des jeunes AFW 2026 prennent une résonance particulière au regard des tendances démographiques du continent.
Selon plusieurs études internationales, l’Afrique compte aujourd’hui plus de 530 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans et cette population devrait augmenter de 132 millions supplémentaires d’ici 2030.
Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, alors que seulement trois millions d’emplois formels sont créés sur le continent. Dans le même temps, les experts estiment que le secteur des services deviendra le premier employeur des jeunes Africains d’ici 2033, soulignant l’importance d’investir dès maintenant dans les compétences, l’innovation, le numérique et l’entrepreneuriat pour transformer ce potentiel démographique en véritable levier de croissance économique.
Nadège Koffi

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