Chef Olivier GNAMIEN, Initiateur de « La Coupe des Ecoles Hôtelières » de Côte d’Ivoire : « Ma vision pour l’avenir du secteur de l’hôtellerie et de la restauration en Côte d’Ivoire est celle d’un secteur moderne, compétitif et reconnu à l’échelle internationale »

Chef Olivier GNAMIEN, Initiateur de « La Coupe des Ecoles Hôtelières » de Côte d’Ivoire : « Ma vision pour l’avenir du secteur de l’hôtellerie et de la restauration en Côte d’Ivoire est celle d’un secteur moderne, compétitif et reconnu à l’échelle internationale »

Président-fondateur de l’Association des anciens élèves et étudiants des écoles hôtelières de Côte d’Ivoire, Olivier GNAMIEN est une figure engagée de la gastronomie ivoirienne. Chef cuisinier, styliste culinaire, formateur et promoteur des métiers de bouche, il œuvre depuis plusieurs années à la valorisation de l’excellence culinaire et à la professionnalisation des jeunes talents du secteur. Initiateur de la Coupe des Écoles Hôtelières de Côte d’Ivoire, une compétition qui met en lumière le savoir-faire, la créativité et l’innovation des futurs professionnels de l’hôtellerie-restauration, il vient d’achever avec succès la quatrième édition de cet événement devenu une référence dans le milieu.

À cette occasion, Afrique Économie est allé à la rencontre de Chef Olivier GNAMIEN afin de dresser le bilan de cette 4ème édition, qui a eu lieu le 06 juin 2026 au Palais des Sports de Treichville, d’évoquer les perspectives de cette initiative et de recueillir son analyse sur l’évolution du secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche en Côte d’Ivoire.

 A.E : La récente édition de la Coupe des Écoles Hôtelières s’est achevée avec succès. Quel bilan général faites-vous de cette compétition ?

Pour cette édition, ce fut un véritable challenge. Avec mon équipe et mes amis, nous avons relevé un défi inédit : organiser pour la première fois l’événement en extérieur, sur un terrain de basket-ball. Déployer toute la logistique nécessaire et transformer cet espace en un véritable cadre de compétition culinaire n’a pas été une tâche facile. Cependant, grâce à l’engagement, à la détermination et au professionnalisme de chacun, nous avons réussi à peaufiner chaque détail et à offrir un événement de qualité. Le succès a été au rendez-vous avec environ 1.350 personnes présentes sur le site. Nous avons organisé quatre concours qui se sont déroulés dans d’excellentes conditions. Je tiens donc à adresser mes sincères félicitations à toute l’équipe. Votre travail, votre disponibilité et votre esprit de sacrifice ont largement contribué à la réussite de cette édition.

A.E : Après plusieurs éditions, constatez-vous une amélioration du niveau technique et professionnel des apprenants et des établissements participants ?

Au niveau de cette compétition, nous constatons une réelle progression d’année en année. Le niveau technique des candidats s’améliore considérablement, et cela s’explique notamment par le fait que les écoles prennent désormais cette compétition très au sérieux. En effet, nous remarquons que les établissements commencent à préparer leurs apprenants plusieurs mois avant l’événement. Il y a un véritable travail de formation, d’entraînement et de perfectionnement technique qui est réalisé en amont. Cette préparation se reflète clairement dans les prestations que nous observons lors des différentes épreuves. Depuis la première édition jusqu’à aujourd’hui, l’évolution est remarquable. Le niveau général ne cesse de monter, ce qui était d’ailleurs l’un des principaux objectifs de cette compétition : pousser les écoles à se challenger, à renforcer la qualité de leur enseignement pratique et à encourager l’excellence chez les apprenants. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec satisfaction que cet objectif est en train d’être atteint. Les écoles élèvent progressivement le niveau de leurs candidats et les compétiteurs arrivent de mieux en mieux préparés. Le niveau observé lors de cette édition est largement supérieur à celui de la première et nous sommes convaincus que cette dynamique continuera dans les années à venir.

A.E : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels sont confrontés les professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche en Côte d’Ivoire ?

 Les professionnels des métiers de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche sont aujourd’hui confrontés à plusieurs défis majeurs. Le premier défi concerne la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée. De nombreuses entreprises peinent à recruter des collaborateurs disposant des compétences techniques et professionnelles nécessaires pour répondre aux exigences du secteur. Au-delà des compétences, nous sommes également confrontés à une question de mentalité et d’identité professionnelle. Beaucoup de personnes exercent ces métiers par opportunité plutôt que par vocation. Par conséquent, elles n’ont pas toujours la passion, la rigueur, le sens de l’éthique et la déontologie professionnelle indispensables à l’excellence dans nos métiers. C’est pourquoi je suis convaincu que la formation constitue l’une des principales solutions. Il est essentiel de renforcer les programmes de formation, aussi bien au niveau national qu’international, afin de mieux préparer les futurs professionnels du secteur. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui motivent l’organisation de cette compétition. Au-delà de l’aspect compétitif, elle permet de former, d’encourager et de valoriser les apprenants qui représentent les futurs talents de notre industrie. Je suis persuadé que lorsque les jeunes sont formés dès l’école avec les bonnes valeurs, la discipline, la passion du métier et la recherche de l’excellence, ils deviennent ensuite des professionnels capables d’influencer positivement leur environnement de travail. Cette dynamique peut également inspirer ceux qui rejoignent le secteur par opportunité à adopter davantage de rigueur et de professionnalisme. Nous faisons également face à des défis techniques importants. Le niveau d’équipement disponible en Côte d’Ivoire demeure limité dans certains domaines. L’accès à du matériel spécialisé et à des équipements de qualité reste parfois difficile, avec une forte dépendance aux importations. Cette situation peut ralentir le développement de certaines compétences techniques et limiter les possibilités de formation pratique. Malgré ces défis, nous restons optimistes. Avec des investissements dans la formation, l’amélioration des équipements et la promotion d’une véritable culture professionnelle, notre secteur dispose d’un fort potentiel de développement et d’excellence.

A.E : La Côte d’Ivoire dispose-t-elle selon vous d’un dispositif de formation suffisamment adapté aux exigences du marché et aux standards internationaux ?

Je pense qu’à ce niveau, l’État est véritablement à pied d’œuvre pour améliorer la qualité de la formation dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche en Côte d’Ivoire. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail remarquable entrepris par Monsieur le Ministre de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, M. N’Guessan Koffi. Sous son impulsion, une importante concertation a été menée avec l’ensemble des professionnels, des établissements de formation et des acteurs du secteur afin de mettre en place une offre de formation mieux adaptée aux réalités du marché de l’emploi et aux besoins des entreprises. À la suite de ces consultations, plusieurs réformes et actions concrètes ont été engagées. Des améliorations ont été apportées au niveau des infrastructures, des équipements, des ressources pédagogiques et même des curricula de formation. Un véritable travail de fond est en cours pour transformer l’écosystème de l’hôtellerie et de la restauration en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, l’introduction progressive du système de formation duale, qui associe l’apprentissage en établissement et l’immersion en entreprise, constitue une avancée majeure. Cette approche permettra aux apprenants d’acquérir non seulement des connaissances théoriques, mais également une expérience pratique en adéquation avec les exigences du terrain. Elle contribuera ainsi à réduire l’écart entre la formation et les attentes des employeurs. Nous observons donc une évolution positive et encourageante. Toutefois, il reste encore du travail à accomplir. Aujourd’hui, la formation demeure souvent assez généraliste alors que nos métiers nécessitent des spécialisations plus poussées. Les besoins spécifiques de certaines branches de l’hôtellerie, de la restauration, de la pâtisserie, de la boulangerie ou encore des arts culinaires méritent d’être davantage pris en compte dans les parcours de formation. Les bases sont en train d’être posées et les réformes engagées vont dans la bonne direction. Désormais, il faut poursuivre les efforts afin de développer des formations toujours plus spécialisées, plus techniques et davantage alignées sur les réalités du secteur professionnel.

A.E : Plusieurs talents ivoiriens participent à des compétitions internationales et y réalisent des performances remarquables. Quel regard portez-vous sur la place de la Côte d’Ivoire dans les concours gastronomiques africains et mondiaux ?

La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui d’un potentiel exceptionnel dans les domaines de la gastronomie, de la restauration et de l’hôtellerie. Nous avons de nombreux talents, des professionnels compétents et des jeunes passionnés qui démontrent chaque jour leur savoir-faire. Le véritable défi n’est donc pas le manque de talents, mais plutôt leur identification, leur structuration et leur accompagnement vers l’excellence. Il est important de mieux organiser ces talents, de les regrouper par spécialité, de les former continuellement et de les préparer aux compétitions locales, africaines et internationales. C’est à travers cette organisation que nous pourrons valoriser pleinement notre potentiel. Il faut également reconnaître que les compétitions internationales ne mobilisent pas toujours l’ensemble des meilleurs talents du pays. Cependant, les représentants qui y participent démontrent généralement un bon niveau technique et un réel potentiel. Cela montre que la Côte d’Ivoire possède les ressources humaines nécessaires pour se distinguer davantage sur la scène internationale. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire fait incontestablement partie des nations les plus dynamiques dans les métiers de la gastronomie et de l’hôtellerie. Cette position s’explique non seulement par la qualité de nos professionnels, mais aussi par la richesse de notre patrimoine alimentaire. Notre pays bénéficie d’une grande diversité de produits locaux, de matières premières de qualité et d’une variété culinaire qui constitue une source d’inspiration permanente pour nos chefs, nos pâtissiers, nos boulangers et l’ensemble des acteurs du secteur. Dans de nombreuses compétitions sous-régionales, la Côte d’Ivoire figure régulièrement parmi les meilleures nations. À l’échelle africaine, nous nous situons souvent parmi les premiers pays, occupant généralement les deuxième, troisième ou quatrième places selon les disciplines et les compétitions. Au niveau international, il reste encore des efforts à fournir. Nous devons notamment travailler davantage sur la valorisation de notre identité culinaire. Nos produits locaux sont riches et variés, mais nous devons encore mieux les transformer, les standardiser et les promouvoir afin qu’ils puissent s’imposer durablement sur les marchés internationaux et dans les grandes compétitions mondiales. Par ailleurs, nous avons besoin de renforcer notre dispositif d’accompagnement des compétiteurs. Cela passe par la création de centres de préparation, d’espaces de recherche et d’entraînement, ainsi que par la mise à disposition d’équipements adaptés permettant aux candidats de se préparer dans les meilleures conditions avant les compétitions internationales. Malgré ces défis, je reste très optimiste. La Côte d’Ivoire possède le talent, les ressources, les produits et l’ambition nécessaires pour s’imposer davantage sur la scène internationale. Avec une meilleure organisation, une formation renforcée et une stratégie claire de valorisation de notre patrimoine culinaire, nous avons tous les atouts pour franchir un nouveau cap et faire rayonner encore davantage la gastronomie ivoirienne à travers le monde.

A.E : Pensez-vous que les métiers de l’hôtellerie et de la restauration bénéficient de l’attention et de l’accompagnement qu’ils méritent de la part des pouvoirs publics ?

Je pense qu’au niveau de la formation, l’État joue déjà un rôle important dans l’accompagnement des écoles et des centres de formation. Des efforts significatifs sont consentis pour améliorer la qualité de l’enseignement dans les métiers de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche. Cependant, l’un des principaux défis reste la place accordée à la pratique. La formation demeure encore très souvent orientée vers la théorie, alors que nos métiers exigent avant tout des compétences pratiques acquises sur le terrain. C’est d’ailleurs pour répondre à cette problématique que le ministère a engagé la réforme vers le système de formation duale, qui permet de combiner l’apprentissage en établissement et l’expérience en entreprise. Un autre point important concerne l’implication des professionnels dans le système de formation. Aujourd’hui, nous ne disposons pas encore d’un cadre suffisamment structuré permettant aux professionnels du secteur de participer pleinement à l’évaluation, à l’orientation et à l’amélioration des formations. Ce sont principalement les enseignants et l’administration qui assurent cette mission. Mais il faut également reconnaître que la responsabilité ne repose pas uniquement sur l’État. En tant que professionnels, nous devons faire notre propre autocritique. Nos différentes corporations manquent encore d’organisation, de cohésion et d’unité. Nos associations et organisations professionnelles ne sont pas toujours suffisamment structurées, visibles ou représentatives pour être des interlocuteurs solides auprès des pouvoirs publics. Il est difficile pour l’État d’accompagner efficacement un secteur qui n’est pas suffisamment organisé. Lorsque l’on observe d’autres domaines comme le football, le basketball ou d’autres disciplines sportives, on constate qu’il existe des fédérations reconnues, des structures clairement identifiées et des interlocuteurs officiels. Cette organisation facilite naturellement l’accompagnement de l’État et des partenaires. Dans notre secteur, nous devons encore progresser sur cet aspect. Nous devons apprendre à dépasser les intérêts individuels, les questions d’ego et les divergences personnelles afin de construire une véritable dynamique collective. C’est seulement à travers une organisation forte, crédible et représentative que nous pourrons obtenir davantage de soutien et faire avancer nos métiers. Aujourd’hui, le combat que nous menons consiste justement à fédérer les acteurs du secteur, à créer davantage de cohésion et à bâtir un cadre professionnel capable de porter efficacement les intérêts de l’hôtellerie, de la restauration et des métiers de bouche en Côte d’Ivoire.

A.E : Quel rôle le secteur privé pourrait-il jouer davantage pour soutenir les jeunes talents et accompagner les représentants ivoiriens lors des compétitions internationales ?

Le secteur privé a un rôle majeur à jouer dans l’accompagnement des talents et des représentants ivoiriens lors des compétitions internationales. Toutefois, pour bénéficier efficacement de cet appui, il est essentiel que les structures concernées soient bien organisées et disposent d’une vision claire de leurs besoins et de leurs objectifs. Une fois cette organisation mise en place, il devient plus facile de mobiliser des partenaires privés capables d’apporter un soutien matériel, financier et technique. Cet accompagnement peut concerner la préparation des équipes, l’acquisition d’équipements adaptés, le financement des déplacements, l’encadrement par des experts ou encore le développement des compétences nécessaires pour atteindre les standards internationaux. Un partenariat solide entre le secteur privé, l’État et les acteurs de la formation constitue donc un levier important pour renforcer la compétitivité des jeunes talents ivoiriens et favoriser leur réussite sur la scène internationale.

A.E : Au regard du potentiel touristique de la Côte d’Ivoire, comment la gastronomie peut-elle contribuer davantage au développement économique et à l’attractivité du pays ?

La Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel touristique exceptionnel grâce à la richesse de sa diversité culturelle, à la qualité de ses sites naturels et à la variété de ses traditions. La gastronomie constitue un levier important pour renforcer cette attractivité et contribuer davantage au développement économique du pays. Pour y parvenir, il est essentiel d’encourager le tourisme local, mais aussi de valoriser davantage les produits du terroir et les plats traditionnels ivoiriens. La promotion de notre patrimoine culinaire à travers les festivals, les concours gastronomiques, les circuits touristiques et les établissements de restauration permettrait de faire découvrir l’identité culturelle du pays aux visiteurs. En développant une véritable stratégie de tourisme gastronomique, la Côte d’Ivoire pourrait créer des emplois, soutenir les producteurs locaux, renforcer les revenus des acteurs du secteur et offrir aux touristes une expérience authentique et mémorable.

A.E : Vous êtes engagé depuis plusieurs années dans la valorisation des métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Quelle est votre vision pour l’avenir de ce secteur en Côte d’Ivoire ?

Ma vision pour l’avenir du secteur de l’hôtellerie et de la restauration en Côte d’Ivoire est celle d’un secteur moderne, compétitif et reconnu à l’échelle internationale. Personnellement, je me positionne comme un acteur engagé dans cette transformation, avec pour ambition d’accompagner la formation des jeunes, de dynamiser l’apprentissage des métiers et de renforcer les liens entre les établissements de formation et les professionnels du secteur. Je souhaite également contribuer à l’organisation de compétitions, de concours et d’événements professionnels permettant de révéler, valoriser et promouvoir les talents émergents ainsi que les professionnels confirmés. Ces initiatives constituent des outils importants pour stimuler l’excellence, encourager l’innovation et améliorer le niveau de compétence de nos ressources humaines. À terme, mon objectif est de participer à la construction d’un écosystème où la formation, l’excellence professionnelle et la valorisation des talents permettront à la Côte d’Ivoire de devenir une référence en matière d’hôtellerie, de restauration et de tourisme en Afrique.

A.E : Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités, aux partenaires économiques et aux jeunes qui rêvent de faire carrière dans les métiers de l’hôtellerie et de la restauration ?

Aux autorités et aux partenaires économiques, je souhaite adresser un appel à l’accompagnement et au soutien. Le développement des métiers de l’hôtellerie et de la restauration passe par une meilleure organisation du secteur, un renforcement de la formation et une valorisation des talents. Leur appui, qu’il soit institutionnel, technique ou financier, est indispensable pour permettre à nos jeunes de s’épanouir et de porter haut les couleurs de la Côte d’Ivoire. Aux jeunes qui rêvent de faire carrière dans ces métiers, je voudrais dire que le succès se prépare, se construit et se développe avec le temps, le travail et la persévérance. Les difficultés font partie du parcours, mais elles ne doivent jamais être un frein à l’ambition. Comme le dit l’adage, « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ». Avec de la passion, de la discipline et de l’engagement, chacun peut atteindre l’excellence et réussir dans les métiers de l’hôtellerie et de la restauration.

Interview réalisée par Nadège Koffi

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