Solange AGBADJE, Entrepreneure mode basée au Canada et Fondatrice de Univers Folashadé : « À travers cette marque, ma vision est de bâtir un univers qui célèbre l’élégance africaine contemporaine, valorise notre richesse culturelle et crée des ponts entre les cultures à travers la mode »
Titulaire d’une maîtrise en Administration et Sciences de l’Éducation, Solange AGBADJE est une entrepreneure béninoise installée à Montréal depuis 2018. Après la pandémie de COVID-19, elle s’est pleinement investie dans le développement de sa marque, en prenant part à plusieurs événements culturels et entrepreneuriaux au Québec.
C’est de cette volonté de créer un pont entre tradition et modernité, entre héritage africain et monde contemporain, qu’est née « Univers Folashadé ». À travers cette marque, Solange AGBADJE entend contribuer à une véritable reprise de confiance identitaire, où les vêtements africains ne sont plus seulement perçus comme des tenues traditionnelles ou occasionnelles, mais comme des pièces fortes, élégantes, valorisantes et intemporelles.
Dans cette interview accordée au média en ligne Afrique Économie, la fondatrice d’Univers Folashadé revient sur son parcours entrepreneurial, partage sa vision pour sa marque, livre son regard sur le rayonnement de la mode africaine à l’international et évoque l’évolution des femmes africaines dans les secteurs créatifs et entrepreneuriaux.
A.E : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours ?
Je m’appelle Solange AGBADJE, Entrepreneure mode basée au Canada et Fondatrice de Univers Folashadé. Mon parcours est à la fois académique, humain et entrepreneurial. J’ai une maîtrise en Administration et Sciences de l’Education, je suis Conseillère en Finances dans une institution financière ici au Canada et je poursuis actuellement des études en planification financière à HEC. Mais au-delà de mon parcours professionnel, j’ai toujours porté en moi une profonde passion pour la culture africaine, la créativité et la transmission identitaire. Univers Folashadé est né de cette volonté de créer un pont entre tradition et modernité, entre nos racines et le monde contemporain. À travers la mode, je souhaite raconter une histoire, valoriser notre héritage culturel et contribuer au rayonnement de l’Afrique dans la diaspora et au-delà.
A.E : Qu’est-ce qui vous a poussée à créer Univers Folashadé et quelle vision portez-vous à travers cette marque ?
Univers Folashadé est né d’une réflexion très personnelle liée à la diaspora et à la transmission culturelle. En vivant au Canada, je réalisais à quel point il pouvait être difficile pour plusieurs personnes d’avoir facilement accès à des vêtements et accessoires africains qui leur ressemblent vraiment. Je ne voulais pas que le fait de vivre loin de l’Afrique devienne un frein à notre manière de nous habiller, de nous reconnaître et de préserver notre identité culturelle. Je constatais aussi que les tenues africaines étaient souvent réservées aux cérémonies traditionnelles ou à des occasions particulières. J’ai alors voulu proposer une approche différente : intégrer l’élégance africaine dans des créations contemporaines, raffinées et adaptées à la vie de tous les jours, y compris dans les milieux professionnels. Pour moi, nos tissus et notre culture méritent d’être visibles avec fierté dans tous les espaces. Il y avait également une dimension de transmission qui me touchait profondément. En voyant les enfants de la diaspora grandir loin de leurs racines, je me suis demandée comment nous pouvions continuer à faire vivre notre culture au fil des générations. Je crois que lorsque les enfants voient leurs parents porter leur culture avec fierté, cela contribue naturellement à renforcer leur sentiment d’appartenance et leur héritage identitaire. Au départ, je ne pensais pas créer une marque de mode à proprement parler. C’était avant tout une initiative portée par la passion et le désir de créer un lien entre modernité et héritage culturel. Mais grâce à l’accueil très positif reçu autant au sein de la communauté noire qu’auprès de personnes de diverses origines, le projet s’est progressivement structuré et professionnalisé pour devenir aujourd’hui Univers Folashadé. À travers cette marque, ma vision est de bâtir un univers qui célèbre l’élégance africaine contemporaine, valorise notre richesse culturelle et crée des ponts entre les cultures à travers la mode.

A.E : Pourquoi était-il important pour vous de mettre la culture africaine au cœur de vos créations ?
Il était important pour moi de remettre la culture africaine au cœur de mes créations parce que je crois profondément que les Africains doivent se réapproprier leur identité et leur héritage culturel avec fierté. L’histoire de l’esclavage et de la colonisation a laissé des traces importantes dans notre rapport à nous-mêmes. Pendant longtemps, plusieurs Africains ont été amenés à valoriser davantage les codes occidentaux, y compris dans la manière de s’habiller, au point où porter des vêtements inspirés de nos propres traditions pouvait parfois être perçu comme moins moderne ou moins élégant. J’avais envie de contribuer, à ma manière, à changer ce regard. Je voulais montrer qu’il est possible d’être raffiné, professionnel, moderne et élégant tout en portant des tissus inspirés de notre culture. Pour moi, l’élégance africaine mérite pleinement sa place dans les espaces contemporains. À travers Univers Folashadé, je souhaite participer à cette reprise de confiance identitaire, où nos vêtements ne sont plus perçus comme uniquement traditionnels ou occasionnels, mais comme des pièces fortes, valorisantes et intemporelles. Mais au-delà de la communauté africaine et de la diaspora, ma démarche est aussi une invitation à la découverte et au dialogue entre les cultures. J’aime voir des personnes de différentes origines s’intéresser à notre esthétique, porter nos créations et découvrir la richesse de notre héritage culturel à travers la mode. Je crois que lorsque nous valorisons notre culture avec assurance et modernité, nous aidons non seulement les générations futures à porter leur identité avec davantage de fierté, mais nous créons aussi des ponts qui permettent aux autres peuples de mieux nous découvrir, nous comprendre et apprécier la beauté de notre culture.
A.E : Selon vous, quelle place la mode africaine occupe-t-elle aujourd’hui sur la scène internationale ?
Je pense que la mode africaine a énormément évolué ces dernières années et qu’elle occupe aujourd’hui une place de plus en plus stratégique sur la scène internationale. L’Afrique regorge de créateurs extrêmement talentueux qui repoussent les standards et proposent une vision forte, créative et contemporaine de notre identité culturelle. Des initiatives majeures comme la Lagos Fashion Week, les plateformes de visibilité internationale ou encore certaines collaborations avec de grandes enseignes internationales contribuent fortement à mettre en lumière le savoir-faire africain. On voit également de plus en plus d’événements, d’expositions et d’espaces de vente dédiés aux créateurs africains, ce qui permet au public international de découvrir la richesse, la diversité et la modernité de notre mode. Des figures comme Adama Paris avec Dakar Fashion week et plusieurs autres designers africains participent activement à cette évolution en portant haut les couleurs du continent et en ouvrant des portes à toute une nouvelle génération de créateurs. Ce qui est particulièrement intéressant aujourd’hui, c’est que la mode africaine n’est plus perçue uniquement comme une mode « traditionnelle » ou « ethnique », elle s’impose désormais comme une véritable proposition créative, innovante et contemporaine, capable d’influencer les tendances mondiales tout en conservant son authenticité. Je crois aussi que cet engouement international permet non seulement de valoriser les talents africains, mais également de créer des échanges culturels enrichissants et une meilleure reconnaissance de notre patrimoine à travers le monde.
A.E : Est-il plus difficile pour une femme africaine de s’imposer dans l’industrie de la mode à l’international ?
Je pense qu’entreprendre dans l’industrie de la mode représente déjà un défi important pour une femme de manière générale. Les femmes portent souvent plusieurs responsabilités en même temps : gérer une entreprise, une vie familiale, les enfants, les obligations personnelles et professionnelles. Cet équilibre demande énormément d’énergie, d’organisation et de résilience. Pour les femmes africaines, il peut aussi exister certaines réalités supplémentaires liées au contexte culturel, social ou économique, qui peuvent parfois limiter les opportunités ou la liberté d’évoluer avec la même facilité que d’autres. Le manque d’accès au financement, à certains réseaux ou à la visibilité internationale peut également représenter un frein. Mais malgré ces défis, je crois profondément que la détermination, le travail et la persévérance permettent aux femmes africaines de se faire une place et de s’imposer dans cette industrie. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de femmes africaines talentueuses qui osent créer, innover et porter leur vision avec confiance. Je pense également qu’il serait important que davantage de programmes et d’initiatives africaines prennent en compte les talents de la diaspora qui participent activement au rayonnement de la culture africaine à l’international. Les créateurs et entrepreneurs de la diaspora jouent souvent un véritable rôle d’ambassadeurs culturels. À travers leur travail, ils contribuent à faire découvrir l’Afrique autrement, à valoriser nos identités culturelles et à créer des ponts entre les continents. Au-delà de l’aspect culturel, leur impact est aussi économique. En collaborant avec des artisans, des fournisseurs ou des producteurs africains, ils participent à ouvrir des marchés qui ne seraient pas toujours accessibles naturellement. Je crois donc qu’il serait bénéfique que certaines politiques ou structures africaines développent davantage de stratégies d’accompagnement adaptées à ces talents de la diaspora, afin de soutenir leur développement et renforcer leur contribution au rayonnement de l’Afrique dans le monde.
A.E : Comment les consommateurs canadiens accueillent-ils les créations inspirées de l’Afrique ?
L’accueil est très positif. Les consommateurs canadiens sont de plus en plus ouverts à la diversité culturelle et recherchent des pièces uniques qui ont une histoire et une identité forte. Beaucoup apprécient l’originalité des tissus africains, les couleurs, mais aussi les valeurs humaines et culturelles derrière les créations. Je remarque également un intérêt croissant de personnes de différentes origines qui souhaitent découvrir et porter la mode africaine avec élégance et modernité. Cela confirme pour moi que la mode peut être un véritable langage universel qui rapproche les cultures.
A.E : Que manque-t-il aujourd’hui pour mieux promouvoir les talents africains à l’international ?
Je pense qu’il faut davantage de structures d’accompagnement, de plateformes de visibilité et de partenariats internationaux. Les talents africains existent, mais plusieurs manquent encore d’accès aux ressources, aux réseaux et au soutien nécessaire pour atteindre une dimension internationale. Il est également important de raconter davantage nos propres histoires et de créer des espaces où les créateurs africains peuvent être valorisés avec authenticité et professionnalisme. Je crois aussi qu’il est essentiel de renforcer les liens entre l’Afrique et sa diaspora, car plusieurs entrepreneurs et créateurs vivant à l’étranger participent activement au rayonnement du continent et à l’ouverture de nouveaux marchés pour les talents africains.
A.E : Quelle est votre vision pour Univers Folashadé dans les prochaines années ?
Je souhaite développer Univers Folashadé pour en faire une marque reconnue au Canada et à l’international. Mon ambition est d’élargir les collections, de participer à davantage d’événements et de collaborations internationales, et de créer une véritable expérience de marque autour de l’élégance africaine contemporaine. Je souhaite également développer davantage de collaborations avec différents acteurs de l’industrie de la mode en Afrique. Que ce soit avec des créateurs, des marques de chaussures, d’accessoires, de bijoux ou d’autres talents liés à l’univers de la mode, j’aimerais construire des projets collectifs qui permettent de mettre en lumière la richesse et la diversité du savoir-faire africain. À travers mes défilés et différents événements, je veux aussi créer des espaces de visibilité pour d’autres designers africains, afin que nous puissions évoluer ensemble et renforcer notre présence sur la scène internationale. Je crois beaucoup à la force de la collaboration et au rayonnement collectif des talents africains. J’ai notamment le projet de développer des initiatives et événements à vocation culturelle et sociale qui permettront non seulement de valoriser Univers Folashadé, mais aussi d’offrir une plateforme à d’autres créateurs africains à travers des collaborations artistiques et professionnelles. Au-delà de la mode, ma vision est de bâtir un univers qui célèbre l’identité, la créativité africaine et le dialogue entre les cultures.
A.E : Quel regard portez-vous sur l’évolution des femmes africaines dans les secteurs créatifs et entrepreneuriaux ?
Je trouve cette évolution extrêmement inspirante. Les femmes africaines osent davantage entreprendre, créer, prendre leur place et affirmer leur vision. Elles apportent une énergie nouvelle, beaucoup d’innovation et une grande force de résilience. Je pense que nous assistons à une transformation importante où les femmes africaines deviennent de véritables actrices du changement économique, culturel et social.
A.E : Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes Africains, notamment aux femmes, qui souhaitent entreprendre dans la mode ?
Je leur dirais de croire en leur vision et de ne jamais sous-estimer la valeur de leur identité culturelle. Le chemin entrepreneurial demande du courage, de la discipline et de la persévérance, mais il est possible de construire quelque chose de grand lorsqu’on travaille avec passion et authenticité. N’ayez pas peur d’être différentes ; ce qui vous rend uniques peut devenir votre plus grande force.
Interview réalisée par Nadège Koffi

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