BRVM et inclusion financière dans l’UEMOA : Entre ambition régionale et adoption limitée
Dans l’espace UEMOA, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) s’impose comme un instrument clé du financement des économies. Pourtant, malgré les ambitions affichées en matière d’inclusion financière, l’investissement en bourse demeure encore peu répandu au sein des populations.
Entre méconnaissance du fonctionnement, perception de risque élevé et manque de culture financière, la bourse régionale peine encore à s’imposer comme un outil d’épargne accessible au grand public.
Créée en 1998 et basée à Abidjan, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) est présentée comme l’un des piliers du financement des économies de l’espace UEMOA, qui regroupe huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle offre aux États et aux entreprises un accès au marché des capitaux, contribuant ainsi à la mobilisation de l’épargne et au financement du développement.
Pourtant, plus de deux décennies après sa création, la réalité de l’investissement boursier reste contrastée. Si l’institution ambitionne de démocratiser l’accès aux marchés financiers, la majorité des citoyens de l’UEMOA continue de s’en tenir à des formes d’épargne informelles ou traditionnelles. La bourse demeure souvent perçue comme un univers complexe, réservé à une minorité initiée.
Cette enquête s’appuie sur des entretiens menés auprès d’acteurs institutionnels, d’investisseurs potentiels, d’entrepreneurs, de journalistes et de citoyens issus de plusieurs pays de la sous-région. Elle met en lumière les avancées enregistrées par la BRVM, mais aussi les freins persistants qui limitent encore l’appropriation du marché financier par les populations.
La BRVM, un pilier économique régional encore méconnu
Créée pour structurer le financement des économies de l’espace UEMOA, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) occupe aujourd’hui une place stratégique dans l’architecture financière sous-régionale. Basée à Abidjan depuis 1998, elle constitue un marché unique en Afrique de l’Ouest permettant aux États et aux entreprises de lever des capitaux auprès des investisseurs.
Selon les acteurs institutionnels, la BRVM joue un rôle structurant dans le financement du développement. Elle permet notamment aux États membres d’émettre des obligations souveraines afin de financer des infrastructures, réduisant ainsi la dépendance aux financements extérieurs. Elle est ainsi présentée comme un outil de souveraineté économique.
Au-delà de ce rôle macroéconomique, la BRVM contribue à dynamiser le secteur privé en facilitant l’accès des entreprises au marché des capitaux, leur permettant de mobiliser des ressources à long terme et de renforcer leur transparence.
Pour autant, malgré cette importance institutionnelle, la BRVM reste encore largement méconnue du grand public dans plusieurs pays de l’UEMOA. Pour de nombreux citoyens, la bourse demeure un concept abstrait, souvent associé à une élite économique.
Une bourse connue, mais encore mal comprise
Dans l’espace UEMOA, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) bénéficie d’une visibilité croissante, mais son appropriation par les populations reste limitée.
Les entretiens révèlent une connaissance partielle de l’institution, sans réelle maîtrise de son fonctionnement.
KIPRE Grâce Elvyre, Etudiante en finance à l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA), confie n’avoir jamais investi :
« J’avais toujours pensé que la bourse était une affaire des gens très riches. Je ne connais pas le fonctionnement dans les détails. »
Même constat pour GOGBE Ouahou Darius, Analyste audiovisuel à Abidjan :
« Je n’ai pas encore eu l’occasion d’investir. Je comprends un peu le fonctionnement, mais je ne me suis pas vraiment intéressé. »
Ces témoignages illustrent une réalité récurrente : la bourse est identifiée, mais rarement comprise dans ses mécanismes.
Entre peur du risque et déficit d’information
Pour plusieurs répondants, le principal frein reste le manque d’informations fiables sur l’investissement boursier.
Un investisseur potentiel affirme :
« Ce qui me freine à investir, c’est le manque d’informations réelles. Je n’ai que ce que je vois sur les réseaux sociaux. »
Patrice Tokapieu HOUNDIE, Adjoint au chef d’établissement dans le district de Tiassalé (Côte d’Ivoire), évoque une prudence liée au risque :
« Pas encore investi, principalement par manque d’informations et par prudence face aux risques. »
Boubou Sékou DIALLO, Politico-entrepreneur et PDG de BSD Groupe (Mali), reconnaît une faible maîtrise du sujet :
« Pas grande connaissance de la chose. Aucune maîtrise de l’investissement en bourse. »
YAMEOGO W. Alain Serge, Entrepreneur au Burkina Faso, met en avant la question de la confiance :
« Je n’ai pas souscrit parce que je n’ai pas été totalement convaincu. »
Pintos GNANGNON, Journaliste au Bénin, apporte un regard plus ouvert :
« Oui, je suis prêt à tenter d’investir dans la bourse. »
Il précise recevoir ses informations économiques principalement via les médias et les réseaux sociaux :
« Je reçois les informations économiques à travers les journaux et les réseaux. »
Une ouverture conditionnée à la simplification
Malgré ces freins, plusieurs personnes interrogées se disent prêtes à investir si les conditions sont simplifiées et mieux expliquées.
Un répondant estime :
« Oui pourquoi pas, si j’ai toutes les informations clés et les avantages qui en découlent. »
Un autre ajoute :
« Oui, surtout si les procédures étaient simplifiées et accessibles via téléphone mobile. »
Cette ouverture montre que le potentiel d’adhésion existe, mais reste fortement dépendant de l’éducation financière et de l’accessibilité des outils.
Fintech, mobile money et promesse d’une bourse plus accessible
Dans un contexte de digitalisation croissante dans l’espace UEMOA, la question de l’intégration des technologies financières devient centrale. La BRVM explore progressivement des pistes pour rapprocher le marché des citoyens, notamment à travers la dématérialisation et les partenariats technologiques.
L’intégration du mobile money apparaît comme un levier majeur pour simplifier l’accès à l’investissement, en permettant d’acheter des actions ou d’ouvrir un compte-titres via téléphone mobile.
Cependant, ces innovations restent encore peu visibles pour une grande partie de la population.
Des fintechs encore difficiles d’accès pour l’enquête
Dans le cadre de cette investigation, des démarches ont été effectuées auprès de plusieurs acteurs du secteur fintech afin de comprendre leur rôle dans l’inclusion financière.
La société Wave n’a pas donné suite à la demande d’entretien, indiquant que la requête ne correspondait pas à ses procédures internes.
Djamo n’a pas pu répondre dans les délais, faute de disponibilité de ses équipes de communication.
Ces absences de réponse illustrent les difficultés d’accès à certains acteurs clés de la transformation financière en cours.
Une inclusion financière encore en construction
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) s’impose comme un acteur central du financement des économies de l’espace UEMOA et multiplie les initiatives pour rapprocher le marché financier des populations.
Pourtant, l’investissement en bourse reste encore marginal. Les freins identifiés sont constants : manque d’information, faible culture financière, perception d’un univers réservé à une élite et méfiance vis-à-vis du risque.
Les témoignages montrent néanmoins une ouverture réelle : lorsque l’accès à l’information est renforcé et les procédures simplifiées, l’intérêt pour la bourse augmente.
Dans ce contexte, les solutions numériques et les initiatives d’éducation financière apparaissent comme des leviers essentiels, mais insuffisants à elles seules.
L’enjeu dépasse donc la modernisation des outils : il s’agit d’un défi structurel de confiance et d’éducation financière.
Ainsi, la BRVM se trouve à la croisée des chemins : entre institution de financement régional et marché encore éloigné du grand public, son rôle dans l’inclusion financière dépendra autant de ses réformes techniques que de sa capacité à rapprocher durablement la finance des citoyens de l’UEMOA.
Nadège Koffi

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