African Coffee Hub fédère acteurs africains et partenaires autour d’une nouvelle vision du café africain
Réunis à Marrakech les 05 et 06 mai 2026, plusieurs États africains, Institutions financières, Organisations internationales et acteurs privés ont posé les bases d’une nouvelle stratégie continentale pour la filière café.
Le Forum régional sur le développement de la chaîne de valeur du café en Afrique s’est tenu sous le thème : « Construire des chaînes de valeur du café compétitives et inclusives en Afrique : vers un programme régional d’investissement utilisant l’African Coffee Hub à Tanger Med comme principal levier ».
Co-organisé par African Coffee Hub, la Banque Islamique de Développement et l’Organisation de la Coopération Islamique, ce forum a débouché sur le lancement du Programme Régional pour le Développement de la Chaîne de Valeur du Café en Afrique, une initiative structurante visant à transformer la filière et à renforcer la captation de valeur sur le continent.
Une coalition africaine de huit pays mobilisés autour d’un objectif commun
Huit nations africaines ont été représentées au plus haut niveau : la Sierra Leone, la Guinée, la Madagascar, l’Ouganda, le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Maroc.
À cette dynamique s’ajoute le Nigeria, engagé à travers la société AGARA, qui joue un rôle structurant dans le développement futur du programme, notamment à travers un projet majeur de centre de recherche continental.
L’objectif central du forum est clair : permettre à l’Afrique de mieux contrôler la chaîne de valeur du café et d’améliorer significativement la rémunération des producteurs.
Une filière stratégique mais encore fortement déséquilibrée
Le café est l’un des produits agricoles les plus échangés au monde. Le marché mondial était estimé à 245,2 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 380 milliards de dollars en 2034, avec une croissance annuelle moyenne de 4,5 %.
Pourtant, malgré son poids dans la production mondiale, l’Afrique ne capte que moins de 10 % de la valeur finale, alors qu’elle représente environ 15 % de la production mondiale.
Autre déséquilibre majeur :
- environ 80 % des exportations africaines de café sont encore effectuées sous forme de grains verts non transformés ;
- les producteurs africains perçoivent en moyenne 1 % à 10 % du prix final payé par le consommateur ;
- la filière fait vivre près de 100 millions de personnes dans le monde, dont 12 à 15 millions de petits exploitants agricoles africains ;
- la taille moyenne des exploitations est estimée à environ 0,3 hectare, illustrant la fragmentation du secteur.
Ces données traduisent un constat partagé à Marrakech : la valeur est créée majoritairement hors du continent, alors que la production est largement africaine.

African Coffee Hub : une infrastructure pour standardiser et capter la valeur
Face à ce déséquilibre, African Coffee Hub propose une transformation structurelle de la filière, fondée sur une approche intégrée de la chaîne de valeur.
La plateforme, basée à Tanger Med, ambitionne de devenir un hub continental de transformation et de standardisation du café africain à travers :
- l’agrégation des productions africaines ;
- la standardisation des normes de qualité ;
- le contrôle qualité et la certification ;
- la traçabilité numérique des lots ;
- le blending et le packaging ;
- la logistique export centralisée ;
- l’accès direct aux marchés internationaux.
L’objectif est de réduire la dépendance aux intermédiaires internationaux et de permettre aux producteurs africains d’accéder plus directement aux marchés européens et nord-américains.
Pour Sanae Benabdelkhalek, cette initiative représente à la fois un rééquilibrage économique et une transformation du rapport de force dans la chaîne mondiale du café.
Une forte dimension RSE et inclusion sociale
Le programme intègre un volet social et environnemental central, en lien avec les objectifs de développement durable.
L’architecture financière mobilisée par la Banque Islamique de Développement prévoit des instruments adaptés aux réalités du terrain, notamment :
- microfinance pour les petits producteurs ;
- financement des coopératives agricoles ;
- soutien aux PME de la filière ;
- inclusion économique des femmes et des jeunes ruraux.
Les femmes représentent plus de 60 % de la main-d’œuvre agricole dans la filière café en Afrique, ce qui renforce l’importance d’une approche inclusive.
Le programme met également l’accent sur :
- le renforcement des capacités techniques des producteurs ;
- l’amélioration des pratiques post-récolte ;
- l’optimisation des rendements agricoles ;
- la structuration des organisations paysannes.
Cette approche RSE vise à améliorer durablement les conditions de vie des producteurs tout en renforçant la résilience de la filière face aux chocs climatiques et économiques.
Des accords structurants déjà signés
En marge du forum, une première vague de Memorandums of Understanding a été signée par ACH Invest avec plusieurs partenaires africains.
Des accords ont été conclus avec les Ministères de l’Agriculture de la Sierra Leone, de la Guinée et de Madagascar, marquant le démarrage opérationnel du programme dans ces pays.
En Ouganda, un partenariat stratégique a également été signé avec Banta African Coffee Ltd.
La Sierra Leone a par ailleurs annoncé un financement de 65 millions de dollars destiné au développement de son secteur agricole dans le cadre du programme Feed Salone. Le pays met également en avant le café Stenophylla, une variété rare et résistante à la chaleur, adaptée aux défis climatiques actuels.

Le Nigeria et la création d’un centre africain de recherche sur le café
Le Nigeria s’est engagé de manière significative dans le programme à travers la société AGARA.
Deux engagements majeurs ont été annoncés :
- la mise à disposition de 2 000 hectares pour le développement de la production dans le cadre du programme ;
- la mise à disposition de 1 000 m² pour la construction d’un futur centre africain de recherche dédié au café.
Ce centre, soutenu par la BID et l’OCI, sera placé sous la supervision d’African Coffee Hub et ambitionne de devenir une référence continentale en matière de recherche agronomique, innovation et développement de la filière café.
Le Maroc comme hub logistique stratégique
Bien que non producteur de café, le Maroc joue un rôle central dans la nouvelle architecture de la filière grâce à sa position géographique et à ses infrastructures logistiques.
La plateforme Tanger Med constitue le cœur opérationnel du dispositif. Elle permet :
- le tri et l’agrégation des lots ;
- la transformation et le conditionnement ;
- l’export vers les marchés internationaux ;
- la connexion directe aux chaînes de distribution mondiales.
Le programme bénéficie également de l’expertise d’OCP Africa dans la fertilisation des sols et l’amélioration des rendements agricoles.
Le projet se déploie en deux phases :
- une phase agricole centrée sur l’augmentation de la productivité et la structuration des producteurs ;
- une phase industrielle et technologique dédiée à la standardisation, la certification et la traçabilité NFC.
Une nouvelle architecture de coopération économique africaine
Le programme s’inscrit dans une nouvelle logique de coopération entre États producteurs, institutions financières et opérateurs continentaux.
Ce modèle repose sur une triangulation :
- les États assurent le soutien à la production ;
- les institutions financières structurent le financement et la garantie ;
- African Coffee Hub assure l’exécution opérationnelle de la chaîne de valeur.
Ce mécanisme vise à passer d’une logique de projets fragmentés à une logique de chaînes de valeur intégrées et mesurables.
Une initiative appelée à s’étendre à d’autres filières
Au-delà du café, les initiateurs du programme estiment que ce modèle pourrait être reproduit dans d’autres filières africaines stratégiques telles que le cacao, l’anacarde ou encore la mangue.
L’ambition est de créer un cadre de référence continental pour la transformation locale des matières premières et la captation de la valeur ajoutée en Afrique.
Vers une nouvelle place de l’Afrique dans l’économie mondiale
À Marrakech, le message porté par les différents acteurs est clair : l’Afrique ne veut plus être uniquement un producteur de matières premières, mais un acteur central de la création de valeur mondiale.
À travers African Coffee Hub, la filière café devient ainsi un laboratoire de transformation économique, institutionnelle et sociale à l’échelle du continent.
Nadège Koffi

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