Matahuis Kossi AGBODJA, Président de la plateforme « Allo Docteur Togo » : « Faire de la santé numérique africaine un levier d’autonomie et d’emploi, au service de nos populations »

Matahuis Kossi AGBODJA, Président de la plateforme « Allo Docteur Togo » : « Faire de la santé numérique africaine un levier d’autonomie et d’emploi, au service de nos populations »

Depuis quelques années, la transformation digitale s’impose comme un levier stratégique pour améliorer l’accès aux soins en Afrique. Au Togo, cette dynamique est portée par des initiatives innovantes qui rapprochent les populations des services de santé grâce aux technologies numériques. C’est dans cette perspective qu’a été lancée le 16 janvier 2026 la plateforme « Allo Docteur Togo », une solution numérique destinée à faciliter la mise en relation entre patients et professionnels de santé. À l’origine de cette initiative, Matahuis Kossi AGBODJA, Président de la société, Expert en gouvernance de la santé digitale et Consultant en mise en relation B2B et B2C. À travers cette plateforme, il ambitionne de contribuer à une meilleure accessibilité des soins et à la modernisation des services de santé au Togo. Dans cet entretien accordé au média en ligne www.afriqueeconomie.net , il revient sur les enjeux de la santé digitale et les perspectives qu’offre l’innovation technologique pour le secteur sanitaire en Afrique.

 A.E : Quel a été le déclic à l’origine d’Allo Docteur Togo ?

Le déclic est né d’une blessure intime. À 15 ans, j’ai vu partir un oncle que j’aimais profondément, simplement parce qu’il n’a pas été pris en charge à temps. Cette scène a marqué ma vie. J’ai compris, ce jour-là, que dans nos pays, beaucoup de vies se perdent non pas par manque de moyens, mais par manque de temps, d’orientation et de proximité. J’ai compris que les murs et les infrastructures d’un hôpital, à eux seuls, ne suffisent pas à sauver des vies. Cette expérience m’a forgé une conviction : il faut repenser l’accès aux soins, avant même la maladie. « Allo Docteur Togo » est né de cette volonté d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

A.E : Comment « Allo Docteur Togo » s’inscrit-il dans l’écosystème togolais et africain de l’e-santé ?

« Allo Docteur Togo » s’inscrit en totale complémentarité avec la stratégie nationale de santé et la vision du Chef de l’État pour un Togo moderne et inclusif. Notre mission n’est pas de remplacer les professionnels de santé, au contraire, nous leur donnons plus d’outils pour mieux soigner.

La plateforme repose sur trois leviers :

  • Une orientation précoce, pour guider immédiatement le patient vers le bon niveau de soins.
  • Allo Docteur Pro, un logiciel qui modernise la gestion des structures sanitaires.
  • HONAM, un portefeuille de santé numérique qui sécurise le financement des soins.

Nous voulons que chaque Togolais, où qu’il vive, puisse accéder à une information fiable, à une orientation rapide et à un accompagnement humain.

A.E : Concrètement, quel problème structurel « Allo Docteur Togo » aide-t-il à résoudre ?

Nous faisons face à un double défi : le délai d’accès aux soins et le financement des parcours médicaux. Beaucoup de gens renoncent à consulter à cause du coût, du manque de proximité ou de confiance. Nous avons donc créé une solution qui relie le citoyen, le praticien et le système de santé. « Allo Docteur » construit un pont là où il y avait des silences et des distances. C’est un outil organisationnel, mais c’est surtout un acte de justice sociale.

A.E : Qu’apporte votre modèle économique de nouveau ?

Notre modèle est hybride, durable et inclusif. Revenu de commissions. Les structures sanitaires s’abonnent à « Allo Docteur Pro », les assureurs et mutuelles sont intégrés via le portefeuille HONAM. Chaque acteur, patient, professionnel, assurance et administration, trouve une valeur ajoutée dans l’écosystème. C’est ainsi que naît la viabilité.

A.E : Comment « Allo Docteur Togo » aide-t-elle à réduire les inégalités entre villes et zones rurales ?

L’équité territoriale est au cœur de notre démarche. Grâce à la plateforme, un citoyen d’un village reculé peut obtenir dès le premier appel une orientation vers un bon niveau de soins à travers notre centre d’appel. En même temps, les structures rurales digitalisées via « Allo Docteur Pro » gagnent en coordination avec les hôpitaux de district ou régionaux. La technologie devient un outil d’équité. Elle rapproche le soin du citoyen au lieu d’éloigner la relation humaine.

A.E : Quelles résistances avez-vous dû surmonter ?

Le premier défi, c’est la confiance. Dans la santé, le numérique doit avancer avec prudence et transparence. Nous avons pris le temps d’expliquer, de former, de rassurer : le numérique n’est pas là pour remplacer le médecin, mais pour l’assister, et sauver du temps, donc des vies.

Le second défi a été le financement durable d’un projet à impact. Il faut de la patience, du dialogue et un alignement constant avec les cadres réglementaires. Nous avons choisi une démarche progressive, citoyenne et ouverte, en partenariat étroit avec les autorités sanitaires et les ordres des professionnelles.

A.E : Quelle place pour l’État et les partenaires dans votre vision ?

La santé numérique n’est pas une option, c’est une infrastructure nationale stratégique. L’État définit le cadre, protège les données et veille à la cohérence avec les politiques publiques. Le secteur privé, lui, apporte agilité, innovation et efficacité. Ce n’est que dans ce partage de rôles éclairé que nous atteindrons la Couverture Sanitaire Universelle. Nous croyons profondément à la force des partenariats publics-privés éthiques et structurants.

A.E : Voyez-vous « Allo Docteur Togo » s’étendre au-delà des frontières ?

Oui, bien sûr. Les réalités que nous affrontons, retards de soins, charge financière directe, fragmentation des données, sont partagées par de nombreux pays africains. Notre ambition est de mutualiser les bonnes pratiques, d’harmoniser les standards et de contribuer à la souveraineté sanitaire du continent. Notre objectif est clair : faire de la santé numérique africaine un levier d’autonomie et d’emploi, au service de nos populations.

A.E : Enfin, quel message adressez-vous à la jeunesse africaine ?

Je leur dis : ne créez pas seulement des applications, bâtissez des solutions qui transforment la vie des gens. L’innovation à impact demande du courage, du temps et du respect des institutions. Soyez des bâtisseurs d’avenir, des artisans du progrès social. L’Afrique n’attend pas des imitateurs, elle attend des fondateurs. Des femmes et des hommes capables de créer des infrastructures durables pour nos sociétés.

                                       Interview réalisée par Nadège Koffi

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