Les enjeux géopolitiques Afrique-Chine mis sur la table par l’E-jicom avec des professionnels des médias africains à Dakar
Du 24 au 26 mars 2026, Dakar (Sénégal-Afrique de l’Ouest) a accueilli un atelier de formation stratégique réunissant des journalistes et professionnels des médias africains autour d’un thème au cœur des dynamiques internationales contemporaines : les enjeux géopolitiques des relations entre l’Afrique et la Chine.
Organisée par l’E-jicom, avec son Directeur, le Professeur Hamadou Tidiane SY, en collaboration avec Wits Journalism Center, représentée par M. Chris KABWATO, Responsable du Projet sur la couverture médiatique Afrique Chine à Wits, cette rencontre a permis d’ouvrir un espace d’analyse critique, de réflexion et de repositionnement du rôle des médias africains dans la narration de ce partenariat stratégique.

Un partenariat au cœur des reconfigurations mondiales
Dans un contexte marqué par la recomposition des rapports de force à l’échelle internationale, les relations entre l’Afrique et la Chine apparaissent comme un levier majeur d’influence. Longtemps perçue sous le prisme économique, cette coopération révèle aujourd’hui des dimensions plus profondes : diplomatiques, sécuritaires, militaires et idéologiques.
Avec des Experts que sont le Professeur Cherif Salif SY, Docteur Ibrahima NIANG et M. Hamidou BA, les échanges ont mis en lumière le rôle croissant de la Chine comme acteur global, cherchant à consolider ses alliances stratégiques, notamment sur le continent africain.
À travers des initiatives telles que la Belt and Road Initiative, le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), les zones économiques spéciales et industrialisation, la formation, éducation et transfert de compétences (octroi de bourses d’études, création d’instituts Confucius, etc), Pékin étend son empreinte bien au-delà des infrastructures, en s’inscrivant durablement dans les circuits de décision et d’influence.
L’Afrique, un espace stratégique de compétition des puissances
Au cœur des discussions, une réalité s’impose : l’Afrique est devenue un théâtre de rivalités géopolitiques. Face à la montée en puissance de la Chine, les partenaires traditionnels notamment occidentaux réajustent leurs stratégies pour maintenir leur présence et leur influence.
Les participants des pays de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Togo, de la Guinée, du Mali, du Cameroun et de la RDC ont souligné que cette compétition, bien que porteuse d’opportunités, expose également les États africains à des choix complexes. Entre diversification des partenariats et préservation des intérêts nationaux, les équilibres restent fragiles.

Ressources, infrastructures et souveraineté : des enjeux sensibles
L’un des points saillants de l’atelier a été l’analyse des implications liées à l’exploitation des ressources naturelles et au financement des infrastructures. Si les investissements chinois ont permis des avancées significatives dans plusieurs pays africains, ils soulèvent également des interrogations sur :
- le niveau d’endettement des États
- les mécanismes de négociation des contrats
- le transfert réel de compétences
- et, plus largement, la souveraineté économique
Ces préoccupations appellent à une vigilance accrue et à une meilleure appropriation des enjeux par les décideurs, mais aussi par les médias.
Les médias africains face à leur responsabilité stratégique
Au-delà des analyses géopolitiques, cet atelier a surtout mis en exergue un enjeu fondamental : le rôle des médias africains dans la construction du récit Afrique–Chine.
Les formateurs ont insisté sur la nécessité pour les journalistes, entre autres de dépasser les narratifs importés ; de produire une information contextualisée et rigoureuse ; de mener des enquêtes de terrain approfondies ; d’aussi donner la parole aux acteurs locaux
Dans un environnement informationnel souvent polarisé, les médias africains sont appelés à devenir de véritables acteurs de souveraineté narrative.
Vers une nouvelle approche du traitement médiatique
Les travaux ont débouché sur un constat partagé : il est impératif de repenser le traitement médiatique des relations Afrique-Chine. Cela passe par notamment une montée en compétence des journalistes sur les questions géopolitiques ; une meilleure compréhension des mécanismes économiques et diplomatiques et une approche plus critique, équilibrée et indépendante.
L’objectif est clair : permettre aux opinions publiques africaines de disposer d’une information fiable pour comprendre les enjeux réels de ces partenariats.
Dakar, point de départ d’une dynamique continentale
En réunissant des professionnels venus de divers pays africains, cet atelier de l’E-Jicom s’inscrit comme une étape importante dans la construction d’un réseau de journalistes capables de décrypter les transformations géopolitiques en cours.
Au terme des travaux, une conviction s’impose :
l’Afrique ne doit plus être seulement un terrain d’influence, mais un acteur conscient et stratégique dans ses relations avec la Chine.
Notons qu’à travers cette initiative, l’E-jicom et ses partenaires posent les bases d’un journalisme africain plus engagé, mieux outillé et résolument tourné vers la compréhension des enjeux globaux. Dans un monde en mutation, où les rapports de force se redessinent, la maîtrise de l’information apparaît plus que jamais comme un levier de puissance.
Nadège Koffi

Laisser un commentaire