Saïd LARIFOU, Avocat et homme politique comorien : « Je crois et parie que les Comores peuvent réussir si nous remettons la souveraineté, l’école, la justice, la dignité et le respect au centre »
Président du Rassemblement pour une Initiative de Développement avec une Jeunesse Avertie-Patriotes Africains des Comores pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité (RIDJA-PACTEF), fondé en 2001, Saïd LARIFOU est une figure engagée de la scène politique comorienne. Avocat de formation, il ambitionne de gouverner les Îles Comores autour d’une vision claire : celle d’un développement souverain, inclusif et mesurable, tout en œuvrant au rayonnement de cet archipel de l’océan Indien sur la scène internationale. Dans cette interview exclusive accordée au média en ligne www.afriqueeconomie.net , Maître Saïd LARIFOU nous fait une brève présentation des Îles Comores, revient sur son parcours et partage ses ambitions politiques, fort de son expérience de candidat aux élections présidentielles, en 2007 et 2011, scrutins au cours desquels il est parvenu à deux reprises au second tour.
A.E : Présentez-vous à nos lecteurs
Je m’appelle Saïd LARIFOU, père de famille, Avocat et homme politique comorien, engagé depuis de nombreuses années pour la souveraineté, la dignité et l’avenir des Comores. Je me définis comme homme modéré et nuancé. Cela s’explique sans doute par mon cheminement personnel (ma naissance à Madagascar, mon enfance aux Comores mon pays d’origine et mon adolescence à l’île de la Réunion). J’ai vécu et évolué au milieu d’un brassage ethnique, culturel et religieux qui favorise l’esprit de nuance et la tolérance. Mon action publique s’articule autour de ces exigences et de ces valeurs, une autre exigence simple guide mon engagement : la justice sociale, lutte pour remettre l’intérêt général au cœur de l’État, protéger notre jeunesse, et rendre à notre diaspora la place qui lui revient dans la nation.

A.E : Pour nos lecteurs qui découvrent les Comores, pouvez-vous présenter brièvement l’archipel et ce qui le rend unique ?
Les Comores sont un archipel de l’océan Indien, à la croisée de l’Afrique, du monde arabe et de l’espace swahili. Ce qui nous rend uniques, c’est cette identité métissée, une culture insulaire profonde, et un potentiel naturel rare : biodiversité, reliefs volcaniques, et un espace maritime qui pourrait être une vraie force de projection économique et environnementale.

A.E : Quelles forces culturelles, économiques ou naturelles des Comores méritent selon vous d’être mieux connues à l’international ?
Je veux que l’on comprenne que les Comores ne sont pas seulement un point sur la carte : nous avons une jeunesse, une diaspora structurante, et des atouts économiques concrets, notamment en tourisme et en valorisation intelligente de nos ressources et de notre littoral. Le pays s’est d’ailleurs doté d’une vision à l’horizon 2050 qui place le tourisme et notre insularité et la jeunesse comorienne comme piliers stratégiques de diversification et de notre développement.
A.E : Votre parcours d’avocat d’abord au Barreau de France et maintenant aux Comores est impressionnant. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager pour l’avenir des Comores depuis l’étranger ?
Parce que l’éloignement n’annule pas l’appartenance. J’ai passé du temps à écouter nos compatriotes en France, en Afrique et dans l’océan Indien, et j’ai constaté à travers mes expériences professionnelles vécues une nécessité de rupture du système de gouvernance politique et une attente massive : celle d’un pays gouverné avec responsabilité, justice, et vision, au lieu de l’improvisation, de l’opacité et des logiques de clan. Je me suis engagé parce que je refuse que les Comores dérivent et que l’on vole et compromette l’avenir de nos enfants, des générations futures de comoriens.

A.E : Quels sont, selon vous, les principaux enjeux que le pays doit relever aujourd’hui ?
Je vois six urgences :
– L’État de droit et la fin de l’arbitraire
– La mise en place d’un véritable Plan Marchal pour la Jeunesse comorienne
– Un investissement massif pour l’éducation et l’accès au savoir, au lieu de mesures et un système qui excluent la jeunesse
– La dignité sociale pour lutter contre l’exclusion sociale (soins médicaux disponibles au pays, salaires, services publics, respect des fonctionnaires, soutien aux personnes vulnérables)
– Rendre l’Archipel des Comores attractif et ouvert aux investisseurs stratégiques en instaurant un climat d’affaires qui les rassure avec une grande transparence économique et la lutte contre la corruption et l’arbitraire ;
– La considération due à la diaspora, pilier économique, qu’on ne peut pas humilier ou marginaliser
– Une diplomatie ambitieuse et stratégique envers des pays, des organisations et des institutions régionales et internationales susceptibles de partager nos ambitions de développement social et économique pour notre pays et la paix en Afrique et dans notre sous-région.
A.E : Quelle est votre vision pour le développement économique et social des Comores dans les années à venir ?
Ma vision est celle d’un développement souverain, inclusif et mesurable : une économie diversifiée (tourisme, économie maritime, agriculture, PME), une école qui élève au lieu d’exclure, et un État qui protège. L’objectif doit être simple : créer des opportunités sur place pour que partir ne soit plus la seule issue, et que la diaspora investisse par confiance, pas par devoir.
A.E : Quel rôle la jeunesse et la diaspora comorienne peuvent-elles jouer pour soutenir le développement de l’archipel ?
Elles sont déjà la colonne vertébrale du pays : la jeunesse par son énergie, la diaspora par ses compétences et son soutien économique. Mais je veux passer d’une diaspora « caisse de Secours » à une diaspora partenaire : investissement, transfert de compétences, réseaux, influence. Et surtout : respecter la diaspora au lieu de la réduire à des clichés humiliants.
A.E : Selon vous, quels principes devraient guider le leadership et la gouvernance aux Comores ?
Trois principes : vérité, exemplarité, redevabilité. Gouverner, ce n’est pas communiquer ; c’est rendre des comptes, publier les décisions et les contrats, protéger les libertés, et garantir que personne, puissant ou non, n’échappe à la loi. Je crois à une gouvernance qui rassemble et qui respecte chaque Comorien, ici comme à l’extérieur.
A.E : Comment renforcer la transparence, la justice et l’État de droit, même pour ceux qui suivent les affaires du pays depuis l’international ?
D’abord en exigeant des preuves : appels d’offres, audits, publication des contrats, traçabilité des fonds publics. Ensuite en soutenant les acteurs de contrôle (professionnels du droit, société civile, médias responsables). Et enfin, en structurant la diaspora pour qu’elle pèse : plaidoyer, expertise, appui aux familles, et mobilisation civique non violente quand l’injustice devient systémique.
A.E : Quel rôle les Comores peuvent-elles jouer sur la scène régionale et internationale, et comment la diaspora peut-elle contribuer à ce rayonnement ?
Les Comores peuvent redevenir une voix respectée dans l’océan Indien et en Afrique si elles se tiennent debout : stabilité institutionnelle, crédibilité économique, diplomatie cohérente. La diaspora peut contribuer par les réseaux, la diplomatie d’influence, la compétence, et une narration positive : faire connaître un pays de culture, d’innovation et de potentialités et pas seulement de crises.
A.E : Si vous pouviez adresser un message à nos lecteurs pour mieux comprendre votre engagement et votre vision pour les Comores, que leur diriez-vous ?
Je leur dirais ceci : mon engagement n’est pas une posture, c’est un refus, celui de la fatalité. J’ai une ambition pour l’Afrique et mon pays. Je crois et parie que les Comores peuvent réussir si nous remettons la souveraineté, l’école, la justice, la dignité et le respect au centre. L’espérance existe : dans la jeunesse, dans les femmes, et dans chaque membre de la diaspora qui envoie au pays son cœur et ses économies. À nous de transformer cette espérance en projet national.
Interview réalisée par Nadège Koffi

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