Mehdi ARIFI, Directeur Pôle Business Development & Directeur Pôle Non-Vie Afrique Atlantic Re : « La trajectoire est tracée ; contribuer à l’émergence d’une réassurance africaine capable de soutenir durablement la transformation économique de l’Afrique »

Mehdi ARIFI, Directeur Pôle Business Development & Directeur Pôle Non-Vie Afrique Atlantic Re : « La trajectoire est tracée ; contribuer à l’émergence d’une réassurance africaine capable de soutenir durablement la transformation économique de l’Afrique »

À l’occasion de la 50ᵉ Assemblée Générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), qui se tient du 09 au 11 février 2026 à Abidjan, la réassurance s’invite au cœur des réflexions sur la résilience et la pérennité des marchés africains. Dans un contexte marqué par la montée des risques économiques, climatiques et financiers, ce secteur stratégique joue un rôle déterminant dans la stabilité des compagnies d’assurance et la sécurisation des investissements.
Le Directeur Pôle Business Development & Directeur Pôle Non-Vie Afrique Atlantic Re, M. Mehdi ARIFI  présent à cet évènement, a accordé une interview exclusive au média www.afriqueeconomie.net où il partage son analyse des enjeux actuels de la réassurance, des perspectives du marché africain et de la contribution de son institution au renforcement de l’écosystème assurantiel sur le continent.

A.E : Quelle est la portée stratégique de votre participation à la FANAF organisée à Abidjan ?

La FANAF intervient dans un moment charnière pour l’assurance africaine. Les économies du continent se complexifient, les infrastructures se multiplient, les flux financiers s’intensifient et, simultanément, le profil des risques se transforme. Cette évolution oblige les marchés à franchir un palier en matière de capacité et de sophistication technique. La question centrale est celle de la maîtrise continentale du risque. Lorsqu’un marché dépend structurellement de capacités extérieures pour absorber ses chocs majeurs, il fragilise sa stabilité financière à long terme. Renforcer la profondeur de la réassurance africaine devient donc un enjeu stratégique. Notre présence à Abidjan s’inscrit dans cette conviction qu’au-delà de l’aspect technique, la capacité locale, est par essence, une question de souveraineté économique.

A.E : Face aux risques émergents (climatiques, économiques, technologiques, etc), comment Atlantic Re accompagne-t-elle les marchés africains pour renforcer leur résilience ?

La transformation du risque est structurelle. L’intensification des aléas climatiques, le développement de projets énergétiques et industriels de grande envergure, ainsi que l’émergence de nouveaux risques technologiques modifient durablement la volatilité des portefeuilles. Dans ce contexte, Atlantic Re agit comme un partenaire à la fois financier et technique. Nous mettons à disposition des capacités solides, adossées à une discipline de souscription exigeante, tout en accompagnant les assureurs dans l’analyse fine de leurs expositions et la structuration de leurs programmes. La résilience ne dépend pas uniquement du capital mobilisé. Elle repose sur la qualité des choix techniques et sur la capacité à anticiper l’évolution des risques. C’est précisément sur ce terrain que nous concentrons notre action en Afrique.

A.E : La FANAF met en avant l’intégration régionale des marchés de l’assurance. Quel rôle la réassurance peut-elle jouer pour accélérer cette dynamique en Afrique ?

La réassurance crée des interdépendances vertueuses. Elle mutualise les risques entre économies dont les profils ne sont pas parfaitement corrélés, elle amortit les cycles et stabilise les marchés. Dans une logique d’intégration régionale, elle constitue un mécanisme de consolidation financière. Plus les capacités sont développées au sein du continent, plus la valeur générée par les primes est conservée localement. Cette conservation de valeur participe à la solidité macroéconomique des marchés. Si l’intégration régionale repose sur les échanges commerciaux ou monétaires, elle recherche tout autant la consolidation des infrastructures financières, dont la réassurance est un pilier majeur.

A.E : L’Afrique demeure encore largement sous-assurée. Quels sont les principaux freins et les leviers prioritaires ?

Le déficit d’assurance observé sur le continent africain tient moins à une absence de besoin qu’à un décalage entre les produits proposés et les réalités économiques locales. Les structures productives, les niveaux de revenus et les expositions sectorielles exigent des solutions adaptées. L’élargissement de la couverture assurantielle passe par une meilleure adéquation technique et par un renforcement de la confiance. Or la confiance se fonde sur la solidité financière ainsi que la capacité à indemniser de manière prévisible et rigoureuse. La réassurance joue ici un rôle central puisqu’elle permet aux assureurs de porter davantage de risques, d’innover et d’accompagner l’économie réelle avec plus de sécurité.

A.E : Comment Atlantic Re adapte-t-elle sa stratégie et ses solutions aux réalités spécifiques des marchés africains, notamment en Afrique de l’Ouest et en Côte d’Ivoire ?

L’Afrique de l’Ouest connaît une dynamique soutenue, portée par les infrastructures énergétiques, les projets industriels et le développement agricole. Ces secteurs génèrent des expositions complexes qui requièrent une expertise technique approfondie. L’approche consiste à travailler en proximité avec les assureurs locaux afin de calibrer les capacités, d’ajuster les programmes et de renforcer la qualité des portefeuilles. La compréhension des environnements réglementaires et des spécificités économiques locales est déterminante. Une stratégie régionale efficace repose toujours sur une connaissance fine des marchés.

A.E : Quelles sont les priorités stratégiques d’Atlantic Re à moyen terme pour consolider sa position d’acteur majeur de la réassurance en Afrique ?

Les prochaines années seront consacrées au renforcement des capacités techniques sur les branches à forte intensité de capital, en particulier en Non-Vie, ainsi qu’à la consolidation d’un modèle discipliné fondé sur la rigueur de souscription et la maîtrise de la performance technique. La trajectoire est tracée : contribuer à l’émergence d’une réassurance africaine capable de soutenir durablement la transformation économique de l’Afrique. Le développement des marchés exige des acteurs financièrement solides, techniquement exigeants et profondément ancrés dans leur environnement régional.

Interview réalisée par Nadège Koffi

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