SEM Irchad RAZAALY, Ambassadeur de l’Union européenne auprès de la Côte d’Ivoire : « La principale tâche à laquelle je vais m’atteler est de rendre accessible au plus grand nombre les activités que nous menons en Côte d’Ivoire »

SEM Irchad RAZAALY, Ambassadeur de l’Union européenne auprès de la Côte d’Ivoire : « La principale tâche à laquelle je vais m’atteler est de rendre accessible au plus grand nombre les activités que nous menons en Côte d’Ivoire »

SEM Irchad RAZAALY a récemment pris ses fonctions en tant qu’Ambassadeur de l’Union européenne (UE) en Côte d’Ivoire. Fort d’une riche expérience diplomatique, il revient sur les principaux jalons de la coopération entre l’Union européenne et la Côte d’Ivoire. Dans cette interview exclusive accordée au média en ligne www.afriqueeconomie.net , SEM RAZAALY dresse un bilan des réalisations, évoque les défis rencontrés et présente sa feuille de route pour renforcer les liens diplomatiques, économiques, sécuritaires, sociaux, etc, entre l’Europe et le pays.

A.E : Excellence, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs

Je m’appelle Irchad RAZAALY, je suis l’Ambassadeur de l’Union européenne (UE) auprès de la République de Côte d’Ivoire. J’ai démarré ma carrière diplomatique en 2002, au Quai d’Orsay, et j’ai rejoint l’Union européenne en 2011. C’est un grand plaisir pour moi de servir en Côte d’Ivoire, après avoir passé quatre ans comme Ambassadeur de l’Union européenne au Ghana.

A.E : Excellence, comment qualifieriez-vous aujourd’hui l’état des relations entre l’Union européenne et la Côte d’Ivoire ?

Comme vous le savez, ce sont des relations anciennes, c’est un élément important à avoir en tête. Nos relations sont solides, basées sur des valeurs partagées et des intérêts communs. L’Union européenne est un partenaire de référence pour la Côte d’Ivoire, depuis longtemps déjà. Nous avons répondu présent à tous les rendez-vous et pour relever, ensemble bon nombre de défis : historiquement nous avons concentré notre soutien en faveur de l’éducation, la santé et les infrastructures. Puis, à la faveur de la modernisation des structures économiques et de la croissance extraordinaire des quinze dernières années, nous accompagnons la transformation et la diversification économique de la Côte d’Ivoire. Nous avons également investi beaucoup dans ce qu’on appelle la gouvernance, c’est-à-dire l’accompagnement et le renforcement des capacités de diverses administrations du pays. Et puis dans une terre de culture comme la Côte d’Ivoire, l’Union européenne a toujours été aux avant-postes, pour soutenir et valoriser les échanges entre artistes européens et ivoiriens et stimuler la création artistique des innombrables talents que compte ce pays. C’est donc un partenariat riche, ancien et solide, extrêmement constructif et mutuellement bénéfique.

A.E : Quels sont, selon vous, les principaux acquis du partenariat entre l’UE et la Côte d’Ivoire au cours de ces dernières années ?

Le premier acquis, c’est que le partenariat entre l’Union européenne et la Côte d’Ivoire a su se transformer à travers les âges. D’une relation basée sur la coopération au développement, qui s’est enrichie au commerce, nous sommes désormais dans un partenariat global fondé sur un engagement politique de part et d’autre. Le deuxième acquis, qui s’est dégagé au cours de ces quinze dernières années, c’est la densité et la richesse de la relation sur le plan commercial. L’Union européenne est, de très loin, le premier partenaire commercial de la Côte d’Ivoire, avec 13 milliards d’euros d’échanges en 2024. Cela représente quasiment un tiers du commerce extérieur de la Côte d’Ivoire. Ce commerce est dynamique, c’est-à-dire qu’il porte sur des produits de plus en plus divers. Comme vous le savez, le marché européen, de 450 millions de consommateurs est, depuis des décennies, accessible sans tarif et sans quota. Je répète, l’accès au marché européen pour les marchandises ivoiriennes se fait à « tarif zéro ». Un troisième acquis qui pour le coup est clairement visible, c’est la contribution de l’Union européenne à la modernisation des infrastructures du pays. C’est un axe de coopération ancien, que nous portons à une échelle inédite avec la stratégie Global Gateway destinée à accélérer significativement les investissements dans les infrastructures majeures de pays, qui comme la Côte d’Ivoire, souhaitent renforcer encore davantage leurs liens avec l’Union européenne. Pour l’Afrique, une cible de 150 milliards d’euros a été définie. Nous ne sommes pas le seul partenaire à y avoir contribué. Dans le cadre de notre partenariat, nous signons des contrats d’environ 90 millions d’euros par an (chiffre de 2024) pour soutenir les secteurs que nous avons identifiés comme prioritaires, ce qui comprend des investissements en infrastructures. A cet égard, l’Union européenne investit énormément dans le fameux « corridor Abidjan-Lagos ». Vous savez que ce corridor concentre à lui 70% du PIB de la région, c’est dire son importance ! Nous soutenons également l’axe qui relie Abidjan à Ouagadougou. Je peux d’ores et déjà vous dire que nous venons de mobiliser 45 millions d’euros pour la gouvernance des corridors, pour la facilitation des échanges et pour la préparation des investissements de nos banques et du secteur privé de l’UE. Nous nous mettons résolument dans la perspective de soutenir la Côte d’Ivoire comme pivot ou « hub » régional, que ce soit au niveau du transport routier et ferroviaire mais aussi au niveau des ports. Et le port d’Abidjan, qui traite le plus gros volume de marchandises de toute la région, bénéficie d’investissements européens considérables, d’acteurs publics comme privés. Ce port est incontournable dans la région et notre souhait est d’accompagner les ambitieux d’en renforcer encore plus l’efficacité et l’attractivité. L’interconnexion entre ports-routes-ferroviaire est de nature à soutenir la croissance économique, déjà forte, du pays. J’aimerais mentionner enfin les efforts que nous déployons, toujours avec les acteurs ivoiriens pour augmenter les capacités locales de transformation des produits agricoles et pour localiser la valeur-ajoutée dans les différentes filières agricoles que nous soutenons. Nous soutenons l’ambition du gouvernement ivoirien qui consiste à faire de l’agriculture un puissant facteur de création de richesses, un facteur d’augmentation des exportations de la Côte d’Ivoire et évidemment un facteur de création d’emplois et d’amélioration des revenus dans le monde rural. Nous pensons évidemment à la filière cacao. Certes l’Union européenne importe plus de 60% de la production ivoirienne, mais contribue directement à ce qu’au moins une bonne moitié du cacao importé ait subi une première transformation. Nous pouvons, et nous devons, aller plus loin et je m’emploierai, avec l’ensemble de ce qu’on appelle la « Team Europe » à favoriser encore plus de transformation locale en favorisant le développement de la filière chocolat qui grossit chaque jour en Côte d’Ivoire. Cela rentre en parfaite adéquation avec les priorités du Conseil Café Cacao (CCC-CI) de la filière chocolat sur le territoire ivoirien, de manière à muscler cette filière et de manière à créer encore plus de valeurs sur le territoire ivoirien. En tant que « Team Europe » nous avons collectivement investi environ 450 millions d’euros dans la chaîne de valeur du cacao pour atteindre ces objectifs. Et nous allons, essayer de faire la même chose sur la filière cajou parce que, comme vous le savez, la Côte d’Ivoire est également le premier producteur mondial de cajou. Ce n’est pas forcément un élément qui est très connu du grand public mais c’est une filière aussi qui est extrêmement dynamique, particulièrement prometteuse. Là aussi, un enjeu important sera de créer les conditions pour que la transformation et la valorisation de l’anacarde se fasse en terre ivoirienne. Nous y travaillons déjà, en pleine coopération avec le Conseil Coton – Anacarde. J’espère venir avec d’excellentes nouvelles sur ce sujet très prochainement.

A.E : Dans quels domaines estimez-vous que la coopération a été la plus fructueuse ?

Nous avons parlé des infrastructures, cela recouvre énormément de domaines. S’agissant de l’énergie, l’Union européenne est là encore de loin, le principal partenaire de la Côte d’Ivoire dans ce secteur, en termes d’investissements. Nous nous tournons aussi vers l’augmentation des capacités de génération électrique en Côte d’Ivoire, c’est un élément indispensable pour maintenir la croissance du pays. La « Team Europe » a financé la centrale solaire de Boundiali, dans le Nord du pays (37 millions d’euros), la centrale solaire de Sérébou à l’Est (36 millions d’euros). Un projet de grande ampleur combinant énergie solaire et hydroélectrique, Water and Sun Alliance « WASUNA » dans le Sud-Ouest mobilisera à lui seul 410 millions d’euros. Pour l’agriculture, il n’y a pas que le cacao et l’anacarde, nous sommes extrêmement investis dans le vivrier. Je tiens à le souligner. Parce ce que le vivrier c’est ce qui répond directement aux besoins alimentaires du pays, de la population ivoirienne, en particulier en milieu rural. J’aimerais évoquer un secteur dans lequel l’Union européenne et la Côte d’Ivoire sont engagées de manière résolue, c’est la Sécurité et la Défense. Nous avons récemment mobilisé plus de 200 millions d’euros en faveur des zones frontalières au nord du pays pour prévenir les risques potentiels de déstabilisation. Cela est évidemment lié au contexte régional. Nous répondons aux besoins des acteurs de première ligne comme la police, la gendarmerie, évidemment l’armée. Cela prend divers aspects comme la formation mais aussi la cession de matériel. Nous avons une offre qui repose sur une mise en réseau et une mobilisation de savoir-faire incomparable, à savoir celle de nos 27 États-membres. Vous le savez sans doute, l’Union européenne, avec ses Etats-membres est de loin le premier soutien financier de l’Académie Internationale de Lutte Contre le Terrorisme (AILCT), un outil unique dans la région. C’est un geste significatif de notre engagement en faveur du renforcement des capacités ivoiriennes de sécurité et de défense, au profit du pays, mais également de toute la région.

A.E : Peut-on s’attendre à une nouvelle orientation stratégique de la coopération, notamment dans les secteurs numériques, verts ou agricoles ?

J’ai évoqué le Global Gateway, qui est notre stratégie pour stimuler et accélérer les investissements dans les infrastructures et le capital humain. Il est important de souligner que la jeunesse ivoirienne est au cœur de nos priorités, comme bénéficiaire mais surtout comme acteur et co-créateur de nos projets. Création d’emplois, formation technique et enseignement professionnel, entreprenariat, changement climatique, etc.

A.E : Le contexte géopolitique mondial influence-t-il la politique de coopération européenne en Afrique de l’Ouest, et particulièrement en Côte d’Ivoire ?

Nous vivons dans un monde en constante évolution. Il y a ceux qui, comme la Côte d’Ivoire et l’Union européenne, contribuent à la coopération au niveau mondial, d’autres qui tentent de la remettent en cause. Bruxelles et Abidjan ont constamment manifesté leur volonté de préserver un cadre multilatéral au sein desquelles les grands défis mondiaux doivent être traités. C’est bien l’une des raisons pour lesquelles nous travaillons ensemble sur la lutte contre le changement climatique par exemple. Nous avons œuvré ensemble pour que la Côte d’Ivoire adopte et présente ses tous nouveaux « CDN 3.0 » c’est-à-dire ses cibles de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Un objectif ambitieux et courageux, que je salue. Cette détermination est partagée dans bien d’autres domaines comme la paix et la sécurité, le respect des règles commerciales, etc. Le fait que nous partagions les mêmes valeurs et ayons les mêmes intérêts est particulièrement précieux dans cet environnement géopolitique mouvant et marqué par un certain nombre de tensions et d’incertitudes.

A.E : L’Union européenne mène une communication institutionnelle active en Côte d’Ivoire. Quelle importance accordez-vous à la perception du public ivoirien vis-à-vis de l’action de l’UE ?

La principale tâche à laquelle je vais m’atteler est de rendre accessible au plus grand nombre les activités que nous menons en Côte d’Ivoire. Il faut mettre à la portée de l’audience la plus large possible, la réalité de ce que nous faisons en tant que Union européenne, avec les autorités ivoiriennes, avec le secteur privé ivoirien, avec la société civile et aussi avec la jeunesse ivoirienne. Je vous remercie car votre interview va y contribuer.

A.E: Excellence, parlez-nous de vos actions pendant votre mandat au niveau du domaine de la Culture en Côte d’Ivoire

La Culture est un domaine particulièrement important pour la création d’emplois, le rayonnement de la Côte d’Ivoire dans la région et le monde, pour les relations entre acteurs culturels et artistes ivoiriens et européens. J’ai eu récemment le privilège de lancer officiellement un Projet doté de 30 millions d’euros pour aider les grands acteurs culturels africains à créer des collaborations avec leurs homologues européens et surtout à se produire en Europe, dans les plus grands festivals que nous connaissons bien. C’est particulièrement excitant. Je crois que la Culture est un élément fondamental pour nouer des liens entre individus, le fameux « people to people ». C’est aussi un puissant moteur d’opportunités économiques, pour les créateurs ivoiriens. La culture demeurera une de nos priorités.

A.E : Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux ivoiriens à travers cette première interview avec Afrique Économie ?

Mon premier message, c’est que déjà à titre personnel, je suis extrêmement content d’avoir été nommé en Côte d’Ivoire. C’est un des pays qui m’attire le plus dans la région. Les rencontres avec les Ivoiriens et les Ivoiriennes que j’ai faites depuis mon arrivée me confortent dans l’idée que nous allons faire de très belles choses ensemble. Le deuxième message, c’est de confirmer que l’Union européenne à travers ses divers instruments, notamment, la Sécurité, les Investissements, la Culture, le Commerce, est et restera un partenaire de référence pour la Côte d’Ivoire et pour les Ivoiriens. Je souhaite mettre à la portée du public ivoirien, de l’audience ivoirienne, ce que nous faisons pour susciter un maximum d’échanges. Créer encore plus d’opportunités, créer des moments d’interaction et faire en sorte que le public ivoirien ait la meilleure compréhension possible des opportunités que nos activités peuvent offrir pour les entrepreneurs, pour les créateurs, pour les commerçants, et pour ceux et celles qui veulent venir à notre rencontre.

Interview réalisée par Nadège Koffi

Laisser un commentaire

You May Have Missed

HTML Snippets Powered By : XYZScripts.com