Amadou GAYE est le Président de la Fédération Nationale des Boulangers du Sénégal (FNBS), réélu pour un mandat de quatre ans en 2023. Figure incontournable du secteur, il œuvre depuis plusieurs années à la valorisation du savoir-faire sénégalais en boulangerie et à la structuration de la profession dans son pays. Sous son leadership, la Fédération s’illustre sur la scène internationale, comme en témoigne la récente victoire de l’équipe sénégalaise lors du Salon CREMAI à Marrakech (du 19 au 23 septembre 2025), qui leur ouvre désormais les portes de la Coupe du Monde de la Boulangerie prévue en janvier 2026.
Dans cette interview accordée au média en ligne www.afriqueeconomie.net , il nous donne les raisons de leur victoire à Marrakech, nous donne son analyse sur l’évolution du secteur de la boulangerie au Sénégal et nous fait part de ses Projets pour le secteur de la Boulangerie en Afrique.
A.E : Monsieur GAYE, pouvez-vous nous parler de votre rôle à la tête de la Fédération Nationale des Boulangers du Sénégal et de votre engagement dans le développement du secteur ?
En tant que Président de la Fédération Nationale des Boulangers du Sénégal (FNBS), réélu pour un mandat de quatre ans en 2023, la FNBS représente plus de 90% de la boulangerie sénégalaise, sur 2621 boulangeries. Mon rôle ne se limite pas à la défense de nos intérêts ; il est axé sur la structuration et la modernisation du secteur. Je m’engage activement pour la formation, étant moi-même PCA d’un centre sectoriel agroalimentaire et dirigeant une école de formation. Par ailleurs, en tant que consultant, j’ai mené de nombreuses missions en Afrique, notamment avec la Banque mondiale, pour la valorisation des céréales locales dans la planification, un axe essentiel pour l’avenir de notre secteur.

A.E : Quel est votre sentiment après la victoire de l’équipe sénégalaise au Salon CREMAI à Marrakech ?
C’est un sentiment de fierté immense ! Cette victoire en Coupe d’Afrique est une étape cruciale qui nous ouvre les portes de Paris pour le Mondial. C’est une immense reconnaissance pour le travail et le talent de nos boulangers, et une belle récompense après notre intense préparation.

A.E : Quelles étaient les attentes de votre délégation avant le concours ?
Nous étions absolument persuadés de figurer sur le podium. Nous avions déjà remporté cette même Coupe d’Afrique en 2011, ce qui nous avait permis de participer au Mondial en 2012. Même si nous avons été avisés tardivement, l’impératif et l’honneur d’aller à Paris ont fait que nous avons accepté de participer avec une forte ambition de succès, et ce, avec le soutien de notre sponsor leader, les Grands Moulins de Dakar.
A.E : Comment s’est déroulée la préparation de vos boulangers pour cet événement international ?
Malgré la notification tardive, nous avons pu bénéficier du soutien inestimable de notre sponsor, les Grands Moulins de Dakar, qui a assuré la prise en charge d’un mois de préparation et des moyens du séjour au Maroc (billets, hébergements, etc) et l’appui du Ministère de l’Industrie et du Commerce pour assurer les perdiums des candidats. L’équipe a pu s’entraîner intensivement. De plus, avant la compétition, notre équipe a séjourné et s’est entraînée à l’IFMBP de Casablanca.
A.E : Selon vous, quels ont été les facteurs clés de leur succès ?
Le facteur clé a été, sans aucun doute, l’esprit d’équipe. C’est une équipe soudée, sans individualisme, où chacun avait un rôle à jouer. Cette cohésion, combinée à l’expérience que nous avons acquise sur la scène internationale ; une expérience que j’apporte personnellement en tant qu’ancien membre du jury de travail à la Coupe du Monde de la Boulangerie à Paris en 2024 et membre du jury international pour la sélection Amériques du Mondial du 12 au 19 septembre 2025, a fait la différence. Nous avons surtout travaillé sur le respect du règlement de la coupe d’Afrique ; important à prendre en compte pour gagner les compétitions.

A.E : Comment percevez-vous l’évolution du secteur de la boulangerie au Sénégal ces dernières années ?
La boulangerie sénégalaise se modernise à grand pas. Notre Fédération a activement œuvré pour la diversification avec l’utilisation des céréales locales dans la panification, y compris dans le cadre d’un plaidoyer avec l’ex USAID. Toutefois, nous faisons face à une augmentation vertigineuse de l’importation du blé. En termes de consommation, celle du pain a augmenté de 20% en moyenne en 2025. Aujourd’hui, le Sénégal produit plus de 14 millions de baguettes de 190 grammes par jour, consommant 2500 tonnes de farines quotidiennes (vendue au prix unitaire de 150 FCFA).
A.E : Quels sont les principaux défis auxquels les boulangers sénégalais sont confrontés actuellement ?
Notre principal problème est le respect et la non-application de la réglementation du secteur. Nous disposons pourtant du décret 2277 qui régit tout (autorisation d’ouverture, normes de livraison et vente du pain, hygiène, etc.). La non-application de ce décret nous pose de sérieux problèmes de survie, entraînant malheureusement des fermetures de boulangeries.
A.E : Quels projets ou initiatives la Fédération envisage-t-elle pour renforcer la formation et la compétitivité des boulangers sénégalais ?
La formation est notre défi principal. Je suis personnellement très impliqué : je dirige une école de formation et suis PCA d’un centre sectoriel agroalimentaire public-privé. Mon école a notamment signé une convention avec Pf2E, une structure d’État, qui favorise la formation école-entreprise : les jeunes formés bénéficient ensuite d’un contrat avec une boulangerie membre de la FNBS.

A.E : Comment la participation et la victoire au Salon CREMAI peuvent-elles influencer la reconnaissance de la boulangerie sénégalaise à l’international ?
CREMAI, qui est seulement notre deuxième participation (après 2011), est juste un pas de plus. La FNBS est déjà reconnue sur la scène internationale : nous sommes à notre sixième participation à l’IDMA en Turquie par exemple, et la victoire au CREMAI nous assure notre quatrième participation à la Coupe du Monde en 2026. De plus, mon implication en tant que jury international témoigne de cette reconnaissance. Cette victoire confirme le talent sénégalais et consolide notre position mondiale.
A.E : En quoi des événements comme le Salon CREMAI sont-ils importants pour la coopération Sud-Sud et le rayonnement africain dans le domaine culinaire ?
Ces événements sont vitaux pour le rayonnement africain et la coopération Sud-Sud. C’est dans cet esprit que nous allons initier la mise en place d’une Confédération Africaine de la Boulangerie et Pâtisserie à Cotonou le 24 octobre 2025, avec déjà la confirmation des pays du Maghreb comme le Maroc, la Tunisie et l’Égypte. Le CREMAI est un tremplin pour unir et faire rayonner tout le continent.

A.E : Avec la qualification directe de l’équipe sénégalaise à la Coupe du Monde en janvier 2026 grâce à leur victoire au CREMAI, comment envisagez-vous leur préparation et leur participation à cette compétition ?
Nous mettrons tous les moyens pour être sur le podium ! Notre préparation sera minutieuse : nous ferons venir des experts à Dakar pour former l’équipe, nous retournerons ensuite à Casablanca pour un autre stage (comme nous l’avons fait avant la Coupe d’Afrique), avant de finaliser notre dernier entraînement à Lille, chez Lesaffre.
A.E : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes boulangers africains qui souhaitent se distinguer sur la scène internationale ?
Mon conseil est simple : formez-vous ! Notre métier est de l’art, et le talent doit être structuré par la formation. N’oubliez pas que, grâce aux efforts pour la valorisation des céréales locales que nous menons avec des partenaires, il y a de nouveaux défis passionnants à relever. L’excellence est accessible par le travail et la formation.
A.E : Quels sont les prochains projets de la Fédération pour promouvoir la boulangerie sénégalaise ?
Le projet immédiat et le plus important est la préparation de l’équipe pour la Coupe du Monde en 2026. Nous allons aussi concrétiser avec les boulangers d’Afrique, la création de la Confédération Africaine de la Boulangerie et Pâtisserie à Cotonou en octobre 2025, l’organisation de la coupe du Sénégal de la boulangerie en mars 2026 et poursuivre sans relâche notre plaidoyer pour une meilleure application du décret 2277 et le renforcement de nos programmes de formation école-entreprise.
Interview réalisée par Nadège Koffi
