Et si les océans étaient la clé de notre avenir économique, social et environnemental ?
Longtemps perçue comme une simple frontière naturelle ou un réservoir de ressources, la mer est aujourd’hui au cœur d’une transformation stratégique mondiale : l’émergence de l’économie bleue. Ce concept encore trop peu valorisé repose sur une idée simple mais ambitieuse : mettre les ressources marines au service d’une croissance durable, inclusive et innovante.

Une richesse encore sous-estimée
Les océans couvrent plus de 70 % de la surface de la planète. Ils nourrissent plus de 03 milliards de personnes, absorbent 30 % du CO₂ mondial, abritent une biodiversité exceptionnelle, et génèrent déjà 3 à 5 % du PIB mondial. Pourtant, leur potentiel économique reste largement sous-exploité.
L’économie bleue désigne l’ensemble des activités économiques liées aux mers et aux zones côtières : pêche, aquaculture, transport maritime, tourisme, énergies renouvelables marines, biotechnologies, dessalement, etc. Mais au-delà de l’exploitation brute, ce modèle propose une nouvelle approche : produire sans épuiser, croître sans polluer, innover sans détruire.
Une manne pour l’emploi et l’innovation
Selon l’OCDE, l’économie bleue pourrait représenter plus de 40 millions d’emplois d’ici 2030. Dans certains pays côtiers, elle constitue déjà jusqu’à 20 % du PIB. Parmi les secteurs porteurs :
- La pêche et l’aquaculture, à condition d’être durable, offrent des revenus stables à des millions de personnes et un apport essentiel en protéines animales (17 % à l’échelle mondiale).
- Le tourisme côtier, s’il est écoresponsable, peut concilier croissance économique et préservation des écosystèmes.
- Les énergies renouvelables marines(éolien offshore, hydrolien) représentent une alternative crédible aux énergies fossiles. La Banque mondiale estime le potentiel technique mondial de l’éolien offshore à plus de 71000 GW, soit 90 fois la capacité de production électrique actuelle.
- Les biotechnologies marines, encore émergentes, ouvrent de nouvelles voies pour la santé, l’alimentation et la cosmétique, à très haute valeur ajoutée.
Un levier pour les grands défis mondiaux
L’économie bleue s’inscrit pleinement dans les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, en particulier l’ODD 14 : « Vie aquatique ». Elle joue un rôle crucial dans trois domaines stratégiques :
- La sécurité alimentaire, grâce à l’aquaculture durable qui complète l’agriculture terrestre tout en préservant les stocks halieutiques.
- La lutte contre le changement climatique, avec des solutions naturelles comme les mangroves et les herbiers marins, véritables puits de carbone et barrières naturelles.
- La protection de la biodiversité, en encadrant scientifiquement l’exploitation des ressources marines.
Des menaces réelles à ne pas ignorer
Mais la promesse bleue reste fragile. Plusieurs obstacles structurels freinent son déploiement :
- La surexploitation des ressources: 35 % des stocks de poissons dans le monde sont aujourd’hui surexploités (FAO, 2022).
- La pollution: 11 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans chaque année, perturbant les chaînes alimentaires et menaçant les espèces.
- La gouvernance: L’absence de régulation internationale cohérente, notamment en haute mer, freine le développement équilibré du secteur.
- Les inégalités d’accès: Trop souvent, les retombées économiques échappent aux populations côtières locales, premières concernées.
Une vision à construire : économie bleue = croissance + écologie + inclusion
L’économie bleue ne peut fonctionner qu’avec une approche systémique combinant rentabilité économique, viabilité écologique, et justice sociale. Cela suppose :
- Des investissements massifs dans la recherche, l’innovation et les infrastructures durables ;
- Une fiscalité incitative pour les Entreprises responsables et les solutions vertes ;
- Des partenariats public-privé centrés sur les territoires et les écosystèmes ;
- Une coopération régionale renforcée pour gérer équitablement les ressources marines partagées.
Il est temps d’agir
L’économie bleue n’est ni une utopie ni un luxe. C’est une nécessité stratégique face aux limites du modèle extractiviste actuel. Si elle est pensée à long terme, gouvernée avec équité, et financée de manière responsable, elle peut devenir l’un des piliers de la transition économique mondiale.
Les océans peuvent nourrir, soigner, protéger et employer. Encore faut-il leur accorder la place qu’ils méritent dans les politiques publiques et les priorités économiques. L’économie bleue n’est pas un pari incertain : c’est une opportunité réelle à transformer dès aujourd’hui.
Loubna, Feirouze EL MAHMOUDI (Editorialiste-Contribution pour Afrique Economie)

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